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VIDÉO - La chasse des animaux prisonniers, une pratique cruelle et sadique

14 septembre 2019 / Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas)



Méconnue, la chasse d’animaux prisonniers derrière des grillages est une pratique cruelle, non éthique, écologiquement aberrante… et malgré tout légale en France. L’Aspas a enquêté dans un parc situé en Nouvelle-Aquitaine et dévoile dans cette tribune des pratiques sadiques et insupportables. Elle demande l’interdiction de toute forme de chasse d’animaux maintenus en captivité.

L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) œuvre pour la protection de la faune sauvage, pour la préservation du patrimoine naturel et pour la défense des droits des usagers de la nature. Elle réclame notamment l’arrêt de la chasse le dimanche, la réhabilitation des animaux dits « nuisibles », et la protection des oiseaux migrateurs de la chasse.


Entre fin 2018 et début 2019, l’Aspas a assisté à sept chasses dans un parc commercial situé en région Nouvelle-Aquitaine. Cette structure vend à des chasseurs la possibilité de venir tuer des sangliers. Nos enquêteurs ont aussi visité un élevage de ces animaux destinés à la chasse, en région Pays de la Loire.

Dans ce parc de chasse, la première surprise a été de constater que la traque est conçue pour durer aussi longtemps que voulu, puisque l’animal ne peut pas s’échapper des 500 hectares clôturés. Il est poursuivi pendant des heures par des chiens, parfois toute la journée. Les chasseurs ne tirent jamais sur le sanglier la première fois qu’ils le voient.

Un enquêteur témoigne : « Comme ils [les chasseurs] sont sûrs de l’avoir [le sanglier], ils ne le tuent pas tout de suite. Il faut s’être amusé avec. » Nos enquêteurs ont été choqués par la fascination qu’ont les chasseurs pour l’observation des sangliers en situation de détresse, usés par plusieurs heures de fuite, de résistance aux chiens et par des blessures.

À la question posée à un chasseur : « Pourquoi le sanglier gueulait ? » celui-ci répond : « Parce que les chiens mangeaient dedans » ; des rires s’en suivent. Il est courant que des sangliers acculés se fassent dévorer l’arrière-train par les chiens.

Il arrive aussi qu’un sanglier mortellement blessé ne soit pas retrouvé ni même recherché, ou que les chiens tuent un animal dans un fourré sans que les chasseurs en aient connaissance.



La chasse en captivité : une activité discrète mais répandue

La chasse en captivité est autorisée en France dans deux types de structures qui diffèrent au sens réglementaire : les « parcs », dans lesquels la chasse est autorisée pendant les mêmes périodes qu’à l’extérieur ; les « enclos », dans lesquels la chasse est autorisée toute l’année. Il y a environ 1.300 parcs et enclos de chasse en France. Ils détiennent un nombre d’ongulés qu’on peut estimer entre 50.000 et 100.000 : sangliers, cerfs, chevreuils, mouflons, daims…

Les animaux sont élevés sur place ou importés d’autres parcs et enclos ou d’élevages spécifiques pour la chasse. La réglementation autorise toutes ces pratiques, y compris s’agissant des sangliers et de tout autre « gibier » importé en provenance de l’étranger. Les contrôles des services de l’État sont très faibles.

Un milieu opaque

Aussi incroyable que ça puisse paraître, les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), chargés de contrôler les chasseurs partout ailleurs, n’ont pas le droit d’entrer dans les enclos de chasse sans mandat particulier. L’opacité règne.

Même quand on connaît plus ou moins quels sont les animaux détenus, on ne sait pas toujours d’où ils viennent. Selon l’ONCFS à l’issue de son enquête administrative de 2012, « la plupart du temps, il n’y a pas d’information sur l’origine des animaux ».

À titre d’exemple, on sait qu’environ 13.000 sangliers ont été légalement importés en France en 2003 pour la chasse en captivité. Entre 2012 et 2015, au moins 1.400 sangliers ont été amenés de Pologne et de Hongrie à destination de parcs de chasse situés dans la Marne, la Côte-d’Or et l’Yonne.

Tous ces transferts ne sont pas sans risque d’un point de vue sanitaire, surtout quand les animaux proviennent de contrées lointaines sans information précise. Des cas d’importation de maladies existent. Citons par exemple la découverte de sangliers atteints de tuberculose à Mycobacterium bovis dans un parc de chasse marnais en 2012.

Les évadés

Qui dit prison, dit évasion. Les échappées dans la nature d’ongulés détenus dans les parcs et enclos de chasse sont un phénomène répandu et récurent. Elles s’expliquent par l’existence de nombreux points de non-étanchéité des grillages dans beaucoup de structures, par vétusté, absence d’entretien, négligence…

De par leur constitution, leur mode de vie et leur capacité de pénétration, les sangliers sont particulièrement aptes à trouver les failles et à se faufiler dans les zones de faiblesse des grillages insuffisamment entretenus.

Interdire la chasse d’animaux prisonniers

Considérant la cruauté de la chasse d’animaux en captivité, considérant les risques écologiques et sanitaires liés à l’importation, aux transferts et à la fuite d’animaux dont l’origine n’est pas connue, considérant l’aberration que constitue cette forme de chasse dans un contexte où les responsables cynégétiques mettent régulièrement en avant les difficultés qu’ils rencontrent pour « réguler » les ongulés sauvages en liberté (particulièrement les sangliers), l’Aspas demande l’interdiction en France de la chasse en captivité. Une pétition a été lancée sur www.aspas-nature.org/chasse-enclos






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Source : Courriel à Reporterre

Photos : © Aspas

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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