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Une « marche des cobayes » pour la santé environnementale avance de Fos vers Paris

3 mai 2018 / Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre)



Organisée par près de 90 associations et collectifs qui se battent contre les pollutions, la « marche des cobayes » est partie le 2 mai de Fos-sur-Mer. Au terme de 60 étapes et de 1.200 km de route, elle ralliera Paris le 30 juin.

« Empoisonnés, intoxiqués, tous concernés, tous cobayes », entonnent une cinquantaine de marcheurs, entre les étangs. D’un bon pas, ils viennent tout juste de quitter Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), ce mercredi 2 mai, pour la première étape de la « marche des cobayes ». Elle aboutira à Paris, au terme d’un parcours de 1.200 km. L’initiative est portée par près de 90 associations et collectifs qui, des rejets industriels aux pesticides, en passant par les ondes électromagnétiques, dénoncent toutes les formes de pollutions portant atteinte à la santé.

Cette marche est soutenue par des personnalités comme François Veillerette, de l’association Générations futures, Michèle Rivasi, eurodéputée EELV, Corine Lepage, ancienne ministre de l’environnement, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise, Marie-Monique Robin, réalisatrice de documentaires, Olivier Besancenot, du NPA

« C’est la marche des associations de victimes des crimes industriels », nous dit Sébastien Barles, militant écologiste marseillais et attaché parlementaire de Michèle Rivasi. « Elle est partie d’une idée de Chantal L’Hoir, la présidente de l’Association française des malades de la thyroïde qui alerte sur la dangerosité du Lévothyrox, un médicament qui leur est prescrit », dit-il. Comme pour les autres associations, « elle en a marre que son combat ne soit pas reconnu ». Pour François Lalande, le secrétaire de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), « l’État ne fait pas toujours son travail à fond », concernant la santé des populations, « ou autrement dit, il y a une inertie de l’État ».

De droite à gauche, les militants EELV Sébastien Barles et Brigitte Apothéloz.

« Fos, c’est un symbole d’un territoire qui a été sacrifié pour l’industrie mais aussi de la résistance des habitants » 

Pour le départ de cette grande marche, Fos-sur-Mer n’a pas été choisi par hasard... « Ce n’est pas partout en France qu’il y a une zone portuaire avec plus d’une dizaine d’industries en Seveso seuil haut », rappelle François Lalande. La pollution atmosphérique du golfe de Fos et de l’étang de Berre est combattue depuis des années par l’ADPLGF. « Fos, c’est un symbole d’un territoire qui a été sacrifié pour l’industrie mais aussi de la résistance des habitants. Quand on l’a proposé comme point de départ, ça n’a même pas fait débat entre les associations », dit Sébastien Barles.

La marche va se dérouler en 60 étapes pour autant de thèmes abordés. Les pollutions de l’industrie pétrochimique et autres industries lourdes sont au programme des 12 km de cette première journée jusqu’à Martigues. Puis, ce jeudi 3 mai, la marche reliera Marseille. Dans la cité phocéenne, comme tout au cours de son trajet, elle mettra en lumière des sources de pollution parfois peu connues, comme les billes des terrains de sport synthétiques.

Elle sera aussi l’occasion de réaffirmer une vigilance nécessaire pour de gros dossiers. Pour ce faire, des militants de toute la France ont tenu à être au départ de Fos. « Si je vous dis que je viens de Gardanne, vous savez pourquoi je suis là ! » nous dit la conseillère municipale EELV d’opposition Brigitte Apothéloz. L’ex-bassin minier des Bouches-du-Rhône sera le théâtre, samedi 5 mai, d’un autre temps fort de la marche dans les Bouches-du-Rhône. Elle se rendra sur la colline de Mange-Garri, site de stockage des boues rouges de l’usine d’alumine Alteo. De là s’envolent des poussières toxiques, ce qui a provoqué récemment un dépôt de plainte du maire de la commune de Bouc-Bel-Air.

« Renverser la charge de la preuve pour mettre fin aux crimes industriels » 

Serge Le Quéau est venu de Rennes (Ille-et-Vilaine) en tant que syndicaliste de Solidaires et « défenseur des salariés de la coopérative agricole Triskalia qui ont été intoxiqués en 2010 aux pesticides ». Pour eux, le combat continue pour la pleine reconnaissance de leur maladie professionnelle. Serge Le Quéau veut « mettre en lumière le grand scandale des produits chimiques ». Le 19 mai, l’association Eau et Rivières de Bretagne organisera un événement sur les pesticides en écho à la « marche des cobayes ». Étienne Louis habite Ivry-sur-Seine. Avec le collectif 3R, il lutte contre la reconstruction de l’incinérateur implanté dans la ville du Val-de-Marne. « Il sera source de dioxines, de perturbateurs endocriniens…, bref de toutes sortes de poisons », dit-il. Une problématique qui résonne à Fos-sur-Mer. Qu’elles viennent des industries ou de l’incinérateur de la communauté urbaine de Marseille, « les particules fines nous tuent à petit feu », ne manque pas d’appuyer Daniel Moutet, le président de l’ADPLGF. Lorsque la marche partira le 30 mai d’Ivry pour la dernière étape jusqu’à Paris, Étienne Louis souhaite « une grande manifestation pour rendre visible le danger de cette usine de mort ». À Fos, il est venu pour établir des liens avec les autres associations.

De gauche à droite, Serge Le Quéau, solidaire des salariés bretons de Triskalia, et Daniel Moutet, président de l’ADPLGF.

Cette marche réussira au minimum le maillage entre toutes les associations adhérentes pour des synergies futures. François Lalande, de l’ADPLGF, espère qu’elle permettra « la prise en compte de l’effet cocktail des polluants » par les pouvoirs publics. Sébastien Barles veut quant à lui « renverser la charge de la preuve pour mettre fin aux crimes industriels. Ce devrait être à eux de prouver l’innocuité de leur produit ou de leurs rejets et non aux associations de victimes de démontrer leur dangerosité. »


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Source : Pierre Isnard-Dupuy pour Reporterre

Photos : © Pierre Isnard-Dupuy/Reporterre
. chapô : Sébastien Barles et Michèle Rivasi (au centre), au départ de la « marche des cobayes ».

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