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Un an après Lubrizol, les Rouennais manifestent pour la vérité

28 septembre 2020 / Louis Witter (Reporterre)



Un an après, l’incendie de Lubrizol et ses conséquences inquiètent toujours la population alors que peu de questions ont trouvé réponse : d’où est parti le feu ? quelles sont les conséquences sanitaires ? comment dédommager justement les victimes ? Une manifestation s’est déroulée samedi 26 septembre, demandant des comptes. Reportage en images.

Samedi 26 septembre, un millier de personnes, selon les organisateurs et 580 selon la police, ont manifesté à Rouen, un an après l’incendie de l’usine Lubrizol, classée Seveso seuil haut. Ils répondaient à l’appel du collectif de victimes regroupant une cinquantaine d’associations. Ils ont encore en mémoire le ciel recouvert de l’épaisse fumée noire et demandent la vérité et la justice aux pouvoirs publics.



Devant l’usine Lubrizol, Christophe Holleville du collectif des victimes dénonce « le sketch » de la veille, où lors de la réunion à la métropole, Bruno Leclerc, le président du collectif, a été empêché d’entrer malgré son invitation. Pire, il dénonce le vol la veille du dossier des victimes. La vitre de son camion a été fracturée et seul ce dossier a été volé. Il a été retrouvé le lendemain sur les bords de la Seine par un sans-domicile, qui l’a déposé dans les locaux de France Bleu.



Devant l’usine Lubrizol, au début de la manifestation. Plusieurs collectifs et partis étaient présents comme le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Greenpeace ou les Verts.



Après l’accident survenu à Lubrizol, les autorités n’avaient pas relevé de pollution majeure dans ce qu’elles appellent le bruit de fond : la (« concentration représentative ambiante en un élément, en un composé, ou en une substance dans un milieu donné, d’un territoire donné »).



La banderole en tête de la manifestation au départ de l’usine Lubrizol indique « Lubrizol coupable ». Dans le cortège, un slogan revient « Et hop, Lubrizol, et nos poumons s’envolent ! »



Un autre slogan revient tout le long de la manifestation : « Lubrizol coupable, État complice ! » entonné par les centaines de personnes présentes.



Adrien, 31 ans, est prof. Habitant de la rive droite de Rouen, il a été réveillé par l’explosion. « Je n’ai pas trop compris, au départ, j’étais juste étonné de l’absence de sonnerie. Aujourd’hui, je suis là pour trois raisons : tout d’abord pour un changement dans la philosophie de la gestion des risques, ensuite pour que l’on arrête la sous-traitance dans des usines classées Seveso et, pour finir, pour qu’on implique enfin les citoyens dans ces questions. Nous habitons à quelques kilomètres et jamais on n’a reçu la plaquette d’information Seveso. »



Gunter (au drapeau) a 25 ans. Parisienne, elle est venue avec le collectif Extinction Rebellion pour participer à une action sur le pont Jeanne-d’Arc, à Rouen. « Une vingtaine de militants ont commencé à s’entraver quand la police est arrivée. Elle n’a pas été très douce au départ, avant de comprendre qu’ils étaient vraiment bloqués. »



Sur le pont Jeanne-d’Arc, des militants d’Extinction Rebellion ont placé leurs bras dans des blocs de béton. La police les a délogés, en coupant leurs liens à la scie circulaire. La manifestation du collectif des victimes de Lubrizol a tenté de les rejoindre, en vain.



La manifestation des victimes de Lubrizol a été bloquée par la gendarmerie au moment de rejoindre les militants d’Extinction Rebellion. Un manifestant, déguisé en préfet, raille Pierre-André Durand pour critiquer sa gestion de la crise.



Les militants et militantes d’extinction Rebellion qui se sont entravés sont délogés à la disqueuse par la police, qui coupe avec minutie les blocs de béton. La presse n’est pas autorisée à approcher de trop près.



Olivier est paysan et membre de la Confédération paysanne. À Saint-Aignan-sur-Ry, ses pommes ainsi que ses soixante hectares de céréales bio ont été touchés par la suie tombée du ciel à la suite de l’incendie. « Il y a plein de choses anormales, comme un préfet méprisant qui refuse de recevoir les gens, ensuite le fait que Lubrizol prenne en charge elle-même les analyses. Nos clients ont fui, il y a eu une perte de confiance après l’incendie, qui nous a touchés de plein fouet. »



Simon (à droite), 40 ans, est père au foyer. L’année dernière quand l’incendie éclate à un kilomètre et demi de chez lui, il ferme tout et se confine avec sa fille de huit ans, la peur au ventre. « C’est traumatisant ! 10.000 tonnes de produits toxiques sont parties en fumée au dessus de nos têtes. J’ai failli m’évanouir trois fois, on est partis dans la nuit chez des amis à dix kilomètres. Mes potes intérimaires, sur place, n’ont pas eu droit à un suivi médical alors qu’ils étaient sur site le soir de l’incident. » Aujourd’hui, il a pris conscience des risques Seveso et réfléchit à déménager.



Fin de manifestation devant la préfecture de Rouen. Deux slogans fusent, à l’adresse du préfet : « Sortez Durand » du rang ») ainsi que « Pierre André Durand, on vient te chercher chez toi ». Lors de la manifestation, sa gestion des évènements a été particulièrement critiquée.


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Source : Louis Witter pour Reporterre

Photos : © Louis Witter/Reporterre
. chapô : À Rouen, samedi 26 septembre 2020.

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