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Édito — Politique

Pour les capitalistes, plutôt le fascisme que l’écologie

Le matraquage des médias de l’oligarchie pour propager les idées d’extrême droite vise à occulter les vraies insécurités : l’insécurité écologique et l’insécurité sociale. Face au capitalisme dérivant vers le fascisme, le mouvement écologiste et social ne doit plus rien céder. La Marche des libertés, ce 12 juin, est le moment du rebond

La montée des idées d’extrême droite dans la société française est vertigineuse. Idées d’extrême droite, c’est-à-dire idées racistes, autoritaires, nationalistes, sécuritaires et violentes. Chaque semaine, une nouvelle limite semble être franchie : des hooligans d’Action française envahissent le conseil régional d’Occitanie, des généraux à la retraite évoquent l’intervention de l’armée pour la « protection de nos valeurs civilisationnelles », une manifestation de policiers se déroule devant l’Assemblée nationale en présence du ministre de l’Intérieur alors que les manifestants conspuent la justice, un « vidéaste considéré comme un humoriste », selon Le Figaro, Papacito, montre avec des armes comment tuer un militant de gauche, Éric Zemmour a table ouverte sur CNews pour propager la théorie du "grand remplacement", etc.

Ces faits s’inscrivent dans la dérive enclenchée durant les quinquennats successifs de MM. Sarkozy, Hollande, et Macron, qui ont accompagné et encourage la prospérité des thèmes d’extrême droite : célébration de « l’identité nationale », accumulation de lois liberticides au nom de l’antiterrorisme, acharnement contre les migrants en piétinant les droits de l’Homme, répression policière accrue et impunie dans les quartiers populaires et contre les mouvements sociaux et écologistes. La popularisation des thèmes racistes a par ailleurs été assurée par les médias de l’oligarchie, du Figaro (Dassault) à CNews (Bolloré) en passant par L’Express (Drahi), Le Point (Pinault), Valeurs actuelles (Safa) ou Marianne (Kretinsky). Ce matraquage idéologique sur la sécurité, l’islam, le terrorisme, la civilisation assure une fonction simple : occulter la dégradation de la situation sociale liée à la montée continue des inégalités, occulter de même l’accélération de la catastrophe écologique, dont la pandémie de Covid-19 est le plus retentissant symptôme.

La vraie insécurité est écologique et sociale

Le bruit tonitruant autour de l’« insécurité » qui affligerait la société française dissimule ainsi l’insécurité sociale, qui affecte près de la moitié de la population, et l’insécurité écologique, qui grandit année après année, comme l’indique la multiplication des sécheresses et des inondations ou la montée inexorable des eaux littorales. En fait, comme le souligne Éloi Laurent, bien plus que les violences interpersonnelles, en nette baisse depuis 1990, c’est la mortalité liée aux maladies chroniques d’origine environnementale (pollution de l’air, malbouffe…) qui est en hausse, avec une augmentation du taux de mortalité globale depuis 2014.

Tout se passe comme si les capitalistes avaient noué une alliance implicite avec l’extrême droite : dès lors qu’elle ne menace pas le régime d’inégalités (comme l’a bien montré François Ruffin) ni ne s’oppose au déferlement technologique, elle est une option acceptable, sinon désirée. Ainsi, l’intelligence artificielle — promesse de destruction d’emplois, comme l’a reconnu Bill Gates en 2014 [1] — est-elle ardemment soutenue par les politiciens de droite au nom… de la sécurité, telle Mme Pécresse promouvant la reconnaissance faciale.

Certes, le choix de l’oligarchie se portera toujours sur un Macron plutôt que une Le Pen, sur un Draghi plutôt que sur un Salvini, sur un Biden plutôt que sur un Trump. Mais si par aventure un Sanders ou un Mélenchon avait des chances de l’emporter, la Sainte Alliance de l’ordre établi n’hésiterait pas, comme l’a avoué sans fard Raphaël Enthoven, plumitif chéri des médias capitalistes : plutôt Le Pen que Mélenchon.

Cette alliance mortifère entre capitalisme et extrême droite facilite l’ahurissante destruction du monde qui se poursuit jour après jour, et qui devrait faire la Une de tous les médias comme elle le fait sur Reporterre. Mais on dévoilerait alors le secret le mieux gardé de l’époque : ce système n’est pas réformable. La frénésie malsaine des Zemmour, Praud et autres Papacito, dont le rôle est de détourner l’attention des milliardaires qui ont ainsi liberté de dévaster le monde, révèle en creux ce qu’est devenu le conflit politique du début du XXIe siècle : au nationalisme renfermé s’oppose le cosmopolitisme de la biosphère, aux inégalités sociales et à l’apartheid cliimatique s’oppose l’universalisme humaniste, à la croissance destructrice s’oppose la sobriété équitable. Au capitalisme autoritaire et prêt au fascisme s’oppose l’écologie de l’épanouissement humain.

Ça suffit, nous ne nous laisserons plus intimider !

Il reste cependant à celles et ceux qui sont porteurs de l’idéal émancipateur d’être à la hauteur de cet âpre conflit, qui se déporte de jour en jour loin des confortables habitudes de la démocratie libérale. Ce n’est pas encore le cas : candeur à l’égard des puissants, effroi devant l’ampleur du péril, vain espoir d’accommodements, calculs personnels, difficultés à s’extraire de la culture individualiste, toutes ces causes se conjuguent pour laisser divisé un conglomérat de partis écologistes et de gauche, d’associations et de mouvements de lutte, qui portent pourtant une commune espérance.

Dans l’ambiance délétère qui règne, le fatalisme pourrait faire baisser les bras et laisser croire que 2022 est déjà joué. Et bien non ! Malgré tout, et d’abord, les luttes tenaces peuvent l’emporter, comme viennent de le montrer les femmes de l’hôtel Ibis - victorieuses -, les militants qui ont lutté contre le projet d’aéroport d’Andorre - abandonné - ou contre le projet de Surf Park de Saint-Père-en-Retz - abandonné - ; de même, la bataille contre la loi Sécurité globale a en partie porté ses fruits, puisque cette loi inique a été en partie censurée par le Conseil constitutionnel, tandis que le Conseil d’Etat a de même interdit la technique policière de la nasse ou les restrictions faites aux journalistes durant les manifestations. La conclusion est simple : il ne faut pas lâcher un pouce de terrain, quel que soit le calendrier électoral, et résister sans fléchir aux coups de boutoir que les dominants et leurs alliés d’extrême droite portent à la biosphère et aux libertés.

La marche des libertés organisée ce samedi 12 juin dans plusieurs grandes villes à l’appel de nombreux partis, syndicats et associations, est ainsi un moment majeur. Nous avons touché le fond, il est temps maintenant de rebondir. Ça suffit, nous ne nous laisserons plus intimider !

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
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