Journal indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité ni actionnaire, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Luttes

« Pollueurs, le peuple est plus fort ! » : en Serbie, la révolte explose

Une vague de manifestations contre des projets industriels polluants secoue les dirigeants serbes. L’écologie s’impose comme la principale force de résistance à l’effritement de la démocratie dans le pays.

Alors que plusieurs pays européens sont secoués par des manifestations liées aux conséquences de la pandémie de Covid-19, en Serbie, c’est l’écologie qui mobilise les foules. Ces derniers temps, le pays connaît des mobilisations quasi quotidiennes qui rassemblent régulièrement plusieurs milliers de personnes contre la politique autoritaire du président Aleksandar Vucic. Les manifestants l’accusent de favoriser les intérêts des grandes entreprises internationales, notamment minières, au détriment de l’environnement et de la démocratie. « Vucic, voleur ! » et « Pollueurs, le peuple est plus fort ! » entendait-on ainsi lors des rassemblements écologistes qui ont eu lieu le week-end dernier un peu partout dans le pays. Plusieurs axes de circulation ont été bloqués par les manifestants, notamment dans le centre de Belgrade, la capitale.

Projets miniers controversés, pollution de l’air, protection de l’environnement, scandales de corruption… Alors que la Serbie est déjà l’un des pays les plus pollués d’Europe, les motifs de mécontentement ne manquent pas du côté des militants écologistes. Ceux-ci sont particulièrement inquiets des récents amendements concernant la loi sur les expropriations ainsi que celle sur le référendum adoptés sans débat par le Parlement le 26 novembre dernier. Les associations environnementales estiment que ces nouveaux textes législatifs sont taillés sur mesure pour faciliter la venue d’entreprises étrangères aux activités industrielles particulièrement polluantes. Depuis plusieurs mois, la contestation grandit autour du projet de la multinationale anglo-australienne Rio Tinto qui compte prochainement construire l’une des plus importantes usines de production de lithium d’Europe dans l’ouest de la Serbie.

Voitures électriques : une mine de lithium va dévaster une région serbe

Alors que la transition énergétique entraîne une ruée vers les minerais, les écologistes serbes craignent de voir ce type de projets miniers se multiplier et, avec eux, de nouvelles pollutions. « Nous nous opposons à cette loi sur le référendum parce qu’elle ne requiert plus la participation de 50 % des électeurs pour la validité du résultat et qu’elle prévoit la possibilité d’un nouveau référendum, explique Miroslav Mijatovic de la coalition anticorruption Pakt qui se mobilise contre Rio Tinto. Cela veut dire que le gouvernement pourra utiliser le referendum jusqu’à ce qu’il obtienne le résultat qui lui convient. Quant à la loi sur les expropriations, elle introduit une procédure d’urgence qui permet d’exproprier les propriétaires sous trente jours. L’adoption de ces deux lois profite à Rio Tinto car l’expropriation est ainsi rendue possible pour des intérêts privés. »

À quatre mois des élections nationales, ces fortes mobilisations ont placé l’écologie au centre des débats politiques et mis sous pression le gouvernement du président Vucic. Cet ancien ministre de l’Information de Slobodan Milosevic (inculpé pour génocide et crime contre l’humanité par le tribunal international) est aujourd’hui obligé de revoir son agenda néolibéral. La coalition d’associations écologistes à l’origine des principales manifestations appelle au retrait des nouvelles lois controversées et a annoncé son intention de bloquer à nouveau les axes routiers du pays samedi prochain.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 97% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner