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Pesticides : la justice reconnaît Triskalia responsable d’avoir empoisonné un salarié

6 novembre 2019



Dans un jugement rendu le 6 novembre, le pôle social du tribunal de grande instance de Vannes a reconnu « la faute inexcusable de l’employeur Triskalia à l’encontre de Noël Pouliquen, salarié sur le site de Glomel » (Côtes-d’Armor), selon un communiqué de presse de l’Union syndicale Solidaires de Bretagne et du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

Embauché en 1989 sur le site de Triskalia — géant de l’agroalimentaire breton — de Glomel, sur la plate-forme logistique de stockage et distribution des « produits phytosanitaires », Noël Pouliquen avait développé un lymphome non hodgkinien en 2015 et avait subi une chimiothérapie et une greffe de la moelle. Il est depuis en arrêt maladie. Son père, Raymond, salarié sur le même site, avait également été frappé par la maladie — une leucémie. « Je ne retournerai jamais à Triskalia. C’est criminel ce qui s’est passé là-bas », disait-il à Reporterre en 2016.

En 2016, sa maladie avait été reconnue comme maladie professionnelle liée aux pesticides.

« C’est une nouvelle victoire des salariés de Triskalia »

À la suite de la décision positive du tribunal, il reste à évaluer le montant des préjudices physiques et moraux que Noël Pouliquen a subi. Le syndicat se réjouit :

C’est une nouvelle victoire des salariés de Triskalia après celle de Pascal Brigant et Claude Le Guyader pour lesquels le 24 octobre, le Conseil des prud’hommes de Guingamp a condamné Nutrea-Triskalia à leur verser près de 110.000 euros pour cause de licenciement “sans cause réelle et sérieuse”. »

Ces dernières années, Triskalia a été condamnée à plusieurs reprises par le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass). Ainsi, en septembre 2016, la coopérative bretonne avait été condamnée à verser plus de 100.000 euros d’indemnités à deux de ses anciens salariés, Laurent Guillou et son ancien collègue Stéphane Rouxel.

Selon le communiqué, « le combat de Noël est essentiel pour dénoncer le comportement irresponsable d’une coopérative telle que Triskalia vis-à-vis de ses salariés. […] Il montre que la “manipulation” de ces “produits phytosanitaires” sera toujours dangereuse, voire mortelle pour ceux qui sont à leur contact, qu’ils soient paysans, salariés ou riverains. »

Dans le paysage breton, impossible d’éviter Triskalia, première coopérative agricole, issue de nombreuses fusions et rachats et devenue un géant. Comme Reporterre le racontait, en 2008, la direction avait décidé de traiter des tonnes de céréales infestées avec des insecticides, en surdosage et jusqu’à 30 fois les doses prescrites, dont le fameux Nuvan Total. Non informés, les salariés travaillaient sur les vastes tas de céréales imbibées de produits, sans masque ni gants et enchaînaient les arrêts maladie sans comprendre la cause de leurs maux.






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