Journal indépendant, en accès libre, sans publicité ni actionnaire, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Eau, rivières, océans

Naufrage au Sri Lanka : les tonnes de plastique déversées « vont faire des ravages »

Des tonnes de plastique se sont échouées après l’incendie d’un navire à proximité de Colombo, au Sri Lanka. Les autorités maritimes n’ont pas réussi à empêcher de couler le porte-conteneurs, qui contient 350 tonnes de carburant. Le risque ? Une marée noire dévastatrice.

Bangalore (Inde), correspondance

« C’est le plus grand désastre environnemental maritime qu’on ait vu dans la région », s’alarme Asha de Vos, biologiste et directrice de l’ONG Oceanswell, basée à Colombo, la capitale économique du Sri Lanka. Voilà douze jours que le porte-conteneurs X-Press Pearl est en feu au large des côtes de cet État insulaire au sud-est de l’Inde. L’accident a d’ores et déjà répandu des tonnes de plastique le long des plages. Et alors que le bateau est en train de couler, une marée noire est imminente. 

Le X-Press Pearl a quitté le port de Colombo le 20 mai et a pris feu peu après au nord-ouest de la capitale. L’incendie est probablement dû à une réaction des produits chimiques transportés par le navire, battant pavillon de Singapour. Le 25 mai, un conteneur a explosé et la situation s’est aggravée. Les vingt-cinq membres de l’équipage ont alors été évacués. 

Un homme tente de récolter les billes de plastique qui envahissent les plages.

« Le navire contenait principalement du plastique, sous forme de billes et de résine. Il y a aussi des engrais, de l’acide nitrique et du sodium méthoxide, qui est inflammable, explique Hemantha Withanage, directeur du Centre for Environmental Justice, qui a eu accès au contenu du bateau. C’est le plastique qui cause la plupart des dégâts, car il s’est répandu sur deux cents kilomètres le long des côtes. »

« Les produits chimiques devraient stagner autour du bateau, mais le plastique dérive avec le courant et va envahir les côtes ouest et sud du Sri Lanka dans les prochains jours », confirme la biologiste Asha de Vos, qui reçoit des photos de plages inondées de la part de nombreux internautes. « Cela va occasionner des ravages dont on mesure encore mal l’étendue. Le plastique va envahir les coraux, empoisonner les poissons, perturber le cycle reproducteur des tortues. La situation va aussi priver de gagne-pain toute la population qui vit de la pêche. »
 
Plusieurs navires des autorités de protection maritimes du Sri Lanka et des gardes-côtes indiens tentent de sauver le navire depuis des jours. Le feu est désormais maîtrisé, mais depuis mercredi 2 juin, le X-Press Pearl coule lentement, avec à son bord 350 tonnes de fuel. « Nous avons cessé d’essayer de le remorquer hors des eaux », a décrit le porte-parole de la marine sri-lankaise à la chaîne Al Jazeera. « Tous nos efforts visent désormais à éviter une marée noire. »

« Ce serait une double catastrophe, redoute Asha de Vos. On n’a jamais fait face à une telle situation. En plein milieu de la pandémie, des équipes tentent de récolter les billes de plastique qui envahissent les plages. Des chercheurs évaluent les dégâts environnementaux et économiques à venir. Des avocats de l’environnement se saisissent aussi du dossier. »
 
Car au-delà de la gestion de la catastrophe se pose inévitablement la question de la responsabilité de cet accident. Le X-Press Pearl était un bateau neuf, mis en service en février 2021. Mais une fuite d’acide nitrique avait été détectée et deux ports — Hazira, sur la côte ouest de l’Inde, et Hamad, au Qatar — avaient refusé de décharger le porte-conteneurs. La police sri-lankaise enquête sur l’incendie et le tribunal de Colombo a imposé une interdiction de quitter le pays au capitaine et à l’ingénieur du navire.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 97% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Recevoir gratuitement par e-mail les lettres d’info

Inscrivez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’inscrire