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Reportage — Libertés

Marche pour Adama : écologie et antiracisme veulent « faire force » ensemble

Ce samedi 17 juillet 2021 avait lieu la cinquième marche à Beaumont-sur-Oise pour rendre hommage à Adama Traoré et « exiger la Justice ». Le jeune homme de 24 ans est mort à la suite de son interpellation par les gendarmes le 19 juillet 2016, le jour de son anniversaire.

Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), reportage

« Il y a cinq ans, vous étiez là ! Aujourd’hui, on doit faire plus de bruit qu’ils n’en ont fait pendant cinq ans ! » lance Samir Elyes, ancien membre du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues) aux jeunes de Beaumont-sur-Oise à l’avant du cortège qui passe devant la gendarmerie de Persan. « Ce jour-là, mon frère voulait juste faire un tour de vélo. Ce sont des lâches ; ils se sont tous mis à la fenêtre et ils ont regardé mourir mon frère », enchaîne Assa Traoré en pointant du doigt la « gendarmerie de la honte » dans laquelle son petit frère est décédé suite à son interpellation le 19 juillet 2016. « Honte à cette gendarmerie qui a décoré des hommes en uniforme pour avoir arrêté mon frère », poursuit-elle.

La marche pour Adama commence par ce passage devant la gendarmerie. « Ces trois gendarmes devraient être mis en examen : ils m’ont privé de voir les enfants d’Adama, ils m’ont privé de voir la femme d’Adama. Il faut qu’ils paient, la Justice doit être faite », dira la mère d’Adama à la fin de cette marche.

Devant la gendarmerie où Adama a trouvé la mort, les familles de victimes de violences policières scandent « Pas de justice, pas de paix ». © Amanda Jacquel/Reporterre

Depuis cinq ans, l’instruction est en cours et la famille Traoré n’a de cesse de demander la mise en examen des gendarmes. Le 30 juin dernier, les juges ont ordonné un complément d’expertise médicale à plusieurs experts belges qui, dans un rapport en date de janvier dernier, reliaient la mort d’Adama à la technique d’interpellation des gendarmes. Les juges demandent à présent aux experts de prendre en compte le dossier médical d’Adama à la médecine du travail afin de l’intégrer à leurs conclusions passées. Une façon de sous-entendre que ce serait la santé de ce jeune homme sportif, plutôt que l’interpellation musclée des gendarmes, qui serait en cause. « Ils résistent et cherchent par tous les moyens à trouver une issue de secours aux gendarmes », estime Youcef Brakni, membre du Comité pour Adama. « En fait, on demande aux experts de changer leur version, c’est ridicule ! Pour moi, il s’agit d’un coup de pression de la part des juges. » Le résultat est attendu pour le 31 août.

Assa et Bagui Traore. © Amanda Jacquel/Reporterre

« On puise notre force en vous, merci d’être là », lance Assa Traore au cortège fort de plus de 1 000 personnes. Les familles de Mahamadou, Zakaria, Jimony, Babacar, Gaye ou encore Sabri, eux aussi morts lors d’opération des forces de l’ordre, prennent la parole à tour de rôle devant la presse. Plusieurs organisations avaient également appelé à se rendre à Beaumont-sur-Oise, avec, parmi elles, Alternatiba.

« Nous parlons d’écologie populaire c’est à dire partir du besoin des gens, des inégalités existantes et nous redonner du pouvoir, estime Élodie Nace, la porte-parole du mouvement. Ainsi, la pollution de l’air affecte davantage les quartiers populaires où vivent des personnes racisées. »

Elodie Nace, porte parole d’Alternatiba, et Youcef Brakni, du comité pour Adama. © Amanda Jacquel/Reporterre

Faire front commun pour faire force, c’est aussi ce qu’Assa Traoré juge indispensable : « Un monde meilleur se fait avec tout le monde, quand toutes les injustices que chacun et chacune subit sont vaincues. Le fait que des mouvements comme Alternatiba soit là, ça veut dire que les violences policières font aussi partie de leur problème ; c’est une grande avancée. »

« On nous demande toujours pourquoi faire une alliance entre la lutte écolo et la lutte antiraciste, alors que c’est évident pour nous », s’exclame Youcef Brakni. « Dès le départ, au travers de la colonisation, il y a un lien entre racisme et la destruction environnementale. Et aujourd’hui, ce sont les classes les plus précaires, les plus défavorisées, qui subissent de plein fouet le dérèglement climatique dans le monde. » L’habitant de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) cite l’exemple de l’échangeur d’autoroute à Bagnolet, le plus grand d’Europe : « Dans la banlieue ouest, ces autoroutes sont enterrées dans des tunnels. Ce n’est pas le même traitement pour les villes bourgeoises », fustige-t-il.

Quelques Gilets jaunes sont présents en soutien aux victimes de violences policières. © Amanda Jacquel/Reporterre

L’année dernière déjà, Alternatiba avait coorganisé l’événement et affrété un bus au départ de Paris. « En France, nous sommes très en retard sur les questions environnementales. Il y a eu le MIB au Larzac début 2000 ou Nordine Iznasni, du MIB, qui avait fait campagne pour José Bové lors de la présidentielle de 2007. Aujourd’hui, nous nous rassemblons autour de la question de la respiration ,qui concerne autant la qualité de l’air que les techniques d’immobilisation létales. On veut respirer ! » conclut Youcef Brakni.

« Sans la lutte, il n’y a rien » 

C’est à Bagnolet, au sein de la Maison de l’écologie populaire — surnommée Verdragon — que se poursuivra cette alliance pour l’année à venir entre Alternatiba, le Front de mères et le Comité pour Adama. Des ateliers d’éducations populaires, de médias et des études sont prévus.

Concerts, jeux gonflables et ambiance festive en fin de journée. © Amanda Jacquel/Reporterre

Plusieurs artistes musicaux tels que Wejdene, Youssoupha, Saïsaï ou encore Hatik terminent cette journée d’hommage, un stand solidaire en lien avec la venue de la délégation zapatiste est ouvert. « Au Mexique, on a très vite compris le lien entre les violences policières et pour les terres nourricières. C’est un combat contre le capitalisme et les gens qui le défendent, contre l’imposition de projets immobiliers, de lois liberticides, de lois polluantes », témoigne CompaManu, activiste franco-mexicain et occupant de la Zad des jardins d’Aubervilliers.

« Sans la lutte, il n’y a rien », rappelait le matin Mahamadou Camara, le frère de Gaye, tué par balle policière à Champs-sur-Marne en 2018. « Je ne parle que d’unité. Soit on se donne la main pour faire tomber le système, soit ils vont tous nous broyer. »

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