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Les gendarmes ont expulsé la Zad du Village du Peuple, près de Saint-Nazaire

15 octobre 2020 / Nicolas Mollé



Depuis quelques semaines, la pression s’était accrue sur la Zad du Village du Peuple à Donges (Loire-Atlantique), près de celle de Notre-Dame-des-Landes et de celle du Carnet. Ce jeudi 15 octobre matin, les gendarmes mobiles ont massivement envahi le terrain avec des engins de destruction et procédé aux expulsions.

Il est un peu plus de huit heures et le jour se lève à peine sur le menhir de Pont Troussée à Donges, sur la rive nord de l’estuaire de la Loire. Contrairement au Village du Peuple, ce vestige archéologique également appelé menhir de Condé va échapper au passage des engins de chantier des gendarmes. À l’entrée de la Zad, un petit groupe de militants cherche un peu de chaleur autour d’un brasero. C’est le jour J. Après de nombreuses fausses alertes, souvent dues aux gendarmes faisant du renseignement et photographiant à distance les occupants, débute l’opération d’évacuation de cette ancienne ferme de 57 hectares. Une sorte de dent creuse préservée dans cette continuité industrialisée et polluée, dont l’horizon est parsemé de cheminées d’usines et de torchères.

C’est là que doit voir le jour la zone d’activité Six-Croix 2, extension de la zone des Six-Croix. Elle est censée accueillir des entreprises obligées de déménager à cause du déplacement de la voie ferrée qui traverse actuellement la raffinerie Total. Raffinerie qui constitue, avec l’usine d’engrais Yara, un des huit sites Seveso « seuil haut » présents dans la voisinage plus ou moins lointain de la ferme.

« Le Village du Peuple est tenu depuis près de deux ans », expliquait la semaine dernière un zadiste. « C’était un siège important du mouvement des Gilets jaunes, qui l’ont occupé, au gré de leurs scissions internes. » Mais depuis le 6 octobre dernier et la venue d’un huissier, les occupants savent qu’ils sont expulsables. Et les autorités ont décidé de mettre le paquet. Un gendarme local le confirme à un petit groupe de zadistes venus aux nouvelles : « On vous l’avait dit. »

Les forces de l’ordre étaient accompagnées d’un berger malinois.

Des camions remplis de gendarmes mobiles, certains armés de [LBD|lanceurs de balles de défense], d’autres d’un intimidant pistolet mitrailleur, ne tardent pas à envahir les alentours. Dans leur sillage : des gradés, des civils, des fonctionnaires du renseignement territorial, des équipes cynophiles en treillis accompagnées d’un berger malinois qui font écho aux impressionnants molosses récemment croisés sur la Zad.

Les militants ont opté pour la résistance passive

Depuis quelques semaines, les zadistes se barricadaient fiévreusement, clouant, sciant, imaginant des stratégies de riposte. Mais c’est un tractopelle qui a débarqué ce matin pour dévorer la pierre de la grange. « Le premier bâtiment qu’ils ont détruit a été le pressoir puis ils se sont attaqués au four à pain du 18e siècle — on avait vu la date 1710 dessus », observe un zadiste.

Suspendus aux arbres, perchés sur les rondins de l’ultime rempart entourant la ferme, dans une vigie ou carrément sur les toits de l’habitation principale, les militants ont opté pour la résistance passive. Face à eux, les forces de l’ordre jouent de la tronçonneuse, de la masse, du pied de biche sur la grande barricade de bois qui ceinture le site. Un gendarme équipé de mousquetons monte dans l’arbre où se sont suspendus deux militants. Il les accroche à une seconde corde avant de couper ce qui les suspendait initialement. Sur le sol, les militants allongés ne bougent plus, opposant leur force d’inertie à l’interpellation. Sur ce site enclavé et de petite superficie, l’opération est vite pliée.

Depuis quelques semaines, les zadistes se barricadaient fiévreusement.

Elle s’inscrit dans la vague d’expulsions qui frappe actuellement les squats nantais ou la Zad de Roybon. Pas besoin d’attendre que l’état d’urgence sanitaire soit officiellement en vigueur — il sera déclaré le samedi 17 octobre — pour démanteler les îlots de résistance à la disqueuse. Des monceaux de gravats s’amoncellent déjà dans des bennes.






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