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Politique

Les candidats écolos Batho, Governatori, Piolle, Rousseau se déclarent contre le passe sanitaire

Quelle position les candidats à la primaire d’Europe Écologie-Les Verts ont-ils par rapport au passe sanitaire ? Sandrine Rousseau, Éric Piolle, Delphine Batho et Jean-Marc Governatori ont répondu à la question de Reporterre.

La mise en place du passe sanitaire dans les lieux publics depuis le 21 juillet dernier a donné naissance à un mouvement de contestation populaire. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues les 17 et 24 juillet. D’autres appels à manifester sont prévus pour samedi 31 juillet.

En attendant, de nombreux politiques ont pris position contre ce passe. Reporterre a interrogé les principaux candidats à la primaire d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Sandrine Rousseau, Éric Piolle, Delphine Batho et Jean-Marc Governatori, afin de connaître leur avis sur cette nouvelle forme de contrôle de la population. La position du cinquième candidat, Yannick Jadot, injoignable pour cause de congé, reste inconnue, car il n’a pour l’heure fait aucune déclaration publique à ce sujet.

Sandrine Rousseau, économiste : « Je partage l’objectif sur l’immunité collective, pas la méthode. »

« Le passe sanitaire est une mesure très autoritaire. Il sanctionnera ceux qui ne sont pas vaccinés, et il manque une étape avant cette sanction. Personne ne s’est demandé pourquoi les gens ne se vaccinaient pas. Et bien souvent, on se trompe sur leurs raisons. Certains ont peur, mais d’autres ne maîtrisent pas Doctolib [la plateforme spécialisée dans la prise de rendez-vous médicaux en ligne] ou ne peuvent pas se rendre facilement dans des centres de vaccination, ou encore souffrent de maladies chroniques. On humilie des personnes qui sont souvent déjà en situation tendue socialement, car les départements où les populations sont le moins vaccinées sont ceux où il y a le plus de pauvreté. Durant toute cette crise sanitaire, Emmanuel Macron a manqué d’empathie et ne s’est jamais interrogé sur ce que vivaient les gens. Moi, je me suis vaccinée dès que cela a été possible et je veux que tout le monde en fasse autant, mais pas en les menaçant de licenciement. L’autoritarisme est inefficace et ne fait que tendre la situation. Je partage l’objectif sur l’immunité collective, pas la méthode. Il serait nécessaire de faire davantage de pédagogie et d’avoir plus de bienveillance. »

Éric Piolle, maire de Grenoble : « C’est à la fois liberticide et inopérant. »

« Je pense que le passe sanitaire est inefficace, car il créera une fracture entre les personnes vaccinées et non vaccinées. C’est d’autant plus liberticide que cela va toucher les moins de 50 ans, qui n’ont pas pu se faire vacciner avant début juin. De fait, c’est à la fois liberticide et inopérant. On ne va pas vérifier votre passe à chaque fois que vous irez boire une bière ou un café. Je pense qu’il faudrait plutôt continuer à lutter contre les inégalités sociales liées à la vaccination, plutôt que de tordre le bras aux frileux. Nous le faisons à Grenoble avec le Secours catholique, qui a mis en place un bus pour sensibiliser à la vaccination. Car les antivaccins sont en fin de compte peu nombreux. Le meilleur moyen de lutter contre une crise de cette ampleur serait de diffuser des informations ciblées et qualitatives. De montrer les facteurs de risque, les corrélations entre l’âge et l’hospitalisation. Tout ce qui pourrait susciter l’adhésion. Enfin, il faut continuer la politique du tester-tracer-isoler et prendre des mesures de confinements locaux dès le début de la reprise épidémique, plutôt que d’attendre d’être débordés. »

Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres : « Je suis favorable à ne pas infantiliser les gens. »

« Lors du vote de la loi le mercredi 21 juillet, j’ai préféré m’abstenir, je ne voulais pas mêler ma voix à celles et ceux qui sont contre tout — notamment le vaccin — et dont une partie sont tombés dans l’obscurantisme. J’assume cette position de responsabilité nuancée dans une époque qui en a souvent besoin. Depuis le début de la pandémie, ma position est constamment basée sur les avis et les recommandations du conseil scientifique, car il faut remettre la science au centre des décisions démocratiques. Et celui-ci a émis deux avis précisant qu’il fallait que les lieux propices à la diffusion du virus soient fréquentés par des personnes vaccinées ou possédant un test négatif. Mais la modalité du projet de loi me pose problème sur la question des licenciements, et des contrôles exercés par des tiers. On ne peut pas transformer les tenants d’un cinéma ou d’un café en contrôleurs de passes. Et cela ajoutera une charge de travail, notamment dans les lieux culturels tenus par des bénévoles. Je suis favorable à ne pas infantiliser les gens. Au moment du confinement, quand une raison était nécessaire pour sortir, il pouvait y avoir des opérations de contrôle non généralisées faites par des agents ayant des prérogatives. Je crois qu’on peut miser sur la confiance et le respect des règles par la majorité. »

Jean-Marc Governatori, conseiller municipal de Nice et coprésident de Cap Écologie : « C’est discriminatoire. »

Jean-Marc Governatori, en 2019. Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Jean-Marc Governatori

« Que les gens se vaccinent, c’est très bien, car je ne suis pas antivaccin. Mais je suis opposé au passe sanitaire, qui est une façon d’imposer la vaccination obligatoire. Je pense aussi que c’est discriminatoire. Si les morts jonchaient les rues, bien sûr qu’il faudrait en venir à cela, mais nous ne sommes pas du tout dans cette situation. Le gouvernement surdimensionne le problème du Covid-19. Et quand on en parle, on ne parle pas d’autre chose, comme de la précarité sociale et sanitaire. Il faudrait plutôt s’occuper de santé publique, des cancers et des maladies cardiovasculaires, grandes causes de mortalité en France. Il serait capital de faire plus d’éducation à la santé. »

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