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Le rêve d’Amazon : des robots pour se passer des travailleurs

19 novembre 2020 / Francis Correa (Reporterre)



Objectif d’Amazon ? Robotiser le fonctionnement de ses entrepôts. Pour ce faire, il a acheté, en 2012, une firme spécialisée dans l’utilisation des robots dans la logistique. Aujourd’hui, il possède plus de 200.000 véhicules robotiques dénommés ’drives’.

Amazon est parfaitement conscient du fait que s’il énonçait avec clarté son objectif d’augmenter progressivement la robotisation de ses entrepôts, il ne pourrait ensuite ni se faire de la publicité sur la création d’emplois auprès du public et des élus, ni motiver ses ouvriers actuels (pardon, ses associates, comme il les qualifie).

C’est pourquoi la firme marche sur des œufs lorsqu’elle évoque la présence croissante de la robotique dans ses entrepôts. « Il existe de nombreux facteurs qui contribuent aux délais de livraison impressionnants d’Amazon. Mais le vrai secret est la façon dont les humains et les robots travaillent ensemble pour créer une symphonie de productivité », souligne ainsi dans une interview, Tye Brady, le chef des Technologies d’Amazon Robotics, la filiale en charge de la recherche-développement en matière de robots des entrepôts et de livraison.

Musique à part, les faits sont là : en 2012, Amazon a acheté la firme Kiva Systems, propriétaire d’un ensemble de brevets et de robots spécialisés en logistique, pour la transformer en Amazon Robotics. Après avoir placé Tye Brady à la tête de sa recherche-développement en 2019, la firme a annoncé le début de la construction de son Centre d’innovation en robotique : 32.000 m2 à Westborough (Massachusetts, États-Unis), où deux cents ingénieurs concevront les nouveaux robots de la firme à partir de 2021.

« Chacun de ces robots peut déplacer une tonne sur quatre mètres en une seconde »

Plus parlant encore, les chiffres relevés par l’agence Associated Press en décembre dernier : « Amazon possède actuellement plus de 200.000 véhicules robotiques dénommés drives, dont la fonction est de transporter des marchandises dans ses centres aux États-Unis. Ce chiffre multiplie par deux le nombre de robots de l’année précédente (2018), [sachant que la firme] ne possédait que 15.000 unités seulement en 2014. »

En France, le centre de distribution de Bretigny-sur-Orge (Essonne), ouvert en 2019, compterait entre 3.000 et 4.000 de ces drives, en plus des ouvriers, selon les chiffres avancés par la firme lors de l’inauguration.

Dans l’entrepôt CDG7 de Senlis, pas de drives. En revanche, sont en phase de déploiement deux nouveaux types de robots, tous les deux en concurrence avec les ouvriers humains.

D’un côté, d’énormes machines packagent des palettes prêtes à l’embarquement dans des camions. « Chacun de ces robots peut déplacer une tonne sur quatre mètres en une seconde », explique Andreas Braun [1], l’ingénieur allemand en charge de ces engins. Ils sont placés en parallèle des postes où des ouvriers chargent et montent des palettes « à l’ancienne ».

De l’autre, des robots de sort opèrent le tri nécessaire lorsque des articles — des Iphone par exemple — arrivent dans le même chargement, car issus du même lieu, mais doivent ensuite partir vers des destinations différentes, en quantités très précises. Là, ce n’est pas une affaire de poids, mais de vitesse : le robot atteint des cadences de productivité impossibles pour l’humain. Avec un simple coup de scan du code-barres, la machine dirige l’article en une fraction de seconde vers son point de destination. 

En mai 2019, le directeur d’Amazon Robotics, Scott Anderson, avait confié à l’agence Reuters que, si la robotisation de certaines phases du travail logistique était bien avancée, l’entrepôt 100 % robotisé ne serait atteignable « que » dans une décennie.


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[1Le nom et prénom ont été modifiés.


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