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Le groupe financier BlackRock a été envahi par des activistes écologistes

10 février 2020



Lundi 10 février, une centaine d’activistes pour le climat emmenés par le mouvement Youth for Climate Paris-Île-de-France ont investi pendant deux heures les bureaux parisiens du gestionnaire d’actifs BlackRock, dans le IIe arrondissement de Paris. À leur sortie, en début d’après-midi, certains activistes ont été fouillés et ont vu leur identité contrôlée. Dix-sept personnes, dont quatre mineurs, ont été interpellés, selon une source policière contactée par l’AFP.

Organisée par Youth for Climate Paris-Île-de-France, l’action a reçu le soutien de Youth for Climate France, Désobéissance Écolo Paris, RadiAction, Mr Mondialisation, Cerveaux Non Disponibles, Gilets jaunes Place des Fêtes, La France en Colère - Carte des Rassemblements, Peuple Révolté, Peuple Uni et le Comité de Libération et d’Autonomie Queer. Des activistes portant des insignes d’Extinction Rebellion étaient également présents lors de l’action et un membre d’Extinction Rebellion, contacté par téléphone par Reporterre, a assuré soutenir « à 100 % » l’action de Youth for Climate.

« Nous nous sommes retrouvés à 8 h 30 dans différents quartiers de Paris intra-muros, raconte à Reporterre Justin [1], 17 ans, membre de Youth for Climate et participant à l’action. Notre plan A était d’assiéger le siège de la Société générale qui investit dans des projets d’extraction des énergies fossiles, destructeurs de l’environnement et causant d’importants problèmes sociaux parmi les populations locales. Mais quand nous sommes arrivés, quelques policiers étaient déjà sur place et le quartier avait été bouclé. Nous sommes donc passés au plan B – BlackRock. »

C’est ainsi qu’à 11 h, une centaine d’activistes sont entrés dans les bureaux de BlackRock, au quatrième étage d’un élégant immeuble haussmannien du 2e arrondissement de Paris, 16 rue du 4-Septembre. « Immédiatement, on a bloqué les entrées avec du mobilier présent sur place -– canapés, fauteuils -– pour empêcher la police d’entrer », raconte Justin. Dans un communiqué de presse diffusé à 14 h 30, l’organisation a expliqué avoir ciblé le gestionnaire d’actifs pour protester contre la réforme des retraites qui « va grandement profiter à BlackRock puisque cette dernière a tout intérêt à ce que l’on passe à un système par capitalisation » par opposition au système actuel de retraites par répartition, basé sur les cotisations des salariés. Mais aussi parce que « BlackRock investit dans nombre de sociétés menant des projets écocides, comme Vinci (…), Total (…), BNP Paribas (première banque française dans l’investissement du charbon) et Société générale (première banque au monde dans le financement des infrastructures d’exportation de gaz de schiste ».

« Nous sommes anticapitalistes et nous demandons à travailler moins. Travailler plus conduit à produire plus et donc à polluer plus. »

« BlackRock a influencé l’État dans la mise en œuvre de cette réforme, accuse Justin. Laquelle nous pousse à travailler plus, plus longtemps, dans une logique de rentabilité, de productivisme et de libéralisme, au détriment des populations les plus précaires et des travailleurs en général. Nous sommes anticapitalistes et nous demandons à travailler moins. En outre, travailler plus conduit à produire plus et donc à polluer plus. »

« C’était un bon plan B, car cibler BlackRock a plusieurs sens : lutter contre la réforme des retraites, pour des enjeux écologistes, là où des Gilets jaunes ont déjà manifesté… estime pour sa part J., qui se présente comme une « militante solidaire de cette action, venue en son nom propre ». C’était important que cette action ait une dimension de convergence, car en bloquant BlackRock, on se place du côté des grévistes et des Gilets jaunes et on montre que l’écologie n’est pas une question qui se pose abstraitement. »

Après avoir délivré leur message aux salariés présents et avoir tagué leurs messages sur les murs, les activistes présents se sont réunis en assemblée générale et ont décidé vers 13 h de quitter les lieux. « Dans le climat actuel de répression policière et en l’absence de nombreux médias à l’intérieur, nous craignions que l’expulsion se passe mal et nous ne voulions pas de blessés et de personnes interpellées », explique Justin. À leur sortie, quelques dizaines d’activistes sont restés un peu sur place avant de se disperser. À 15 h, le périmètre de sécurité établi par la police était levé.

Pour Justin, ce n’est qu’un début. « Pendant un an, Youth for Climate a surtout organisé des marches. Mais nous avons déjà lancé des blocages à l’occasion du Black Friday et en juin, devant l’Élysée, rappelle-t-il. Aujourd’hui, c’est l’action la plus radicale qu’on ait organisée. En acceptant les dégradations matérielles, ont a passé un cap. Il va y avoir d’autres actions de ce type. Leur inaction nous a radicalisés. »






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[1Ce prénom a été modifié.

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