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Le documentaire « À ma place » nous replonge dans Nuit debout

14 septembre 2020 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)



Jeanne Dressen, la réalisatrice du documentaire « À ma place » nous embarque dans le quotidien de Savannah, une militante de 25 ans engagée dans Nuit debout. Un vibrant hommage à ce printemps social qui a donné tant d’espoir à bien des militants.

« Je ne pensais pas que ce serait aussi douloureux, la révolte. » Printemps 2016, place de la République, Savannah, une jeune étudiante de 25 ans, se plonge corps et âme dans Nuit debout, le mouvement social né en réaction à la loi Travail. La réalisatrice Jeanne Dressen l’a suivie pendant ce long printemps de lutte, sans rien cacher de ses joies, de ses colères et de ses découragements. Des images brutes, émouvantes et sans filtre : le cinéma du réel.

Rien ne manque des débats qui ont traversé – et clivé – ce mouvement, notamment dans son rapport à la non-violence. Dans une scène bouleversante, Savannah se fait vertement réprimander par une femme âgée, qui lui reproche d’écrire sur les murs et de dégrader le patrimoine. La jeune fille, lumineuse dans sa douleur, les yeux encore rougis par les gaz lacrymogènes, tente calmement de justifier son geste, raconte sa colère face à l’injustice. Au jet de pavés, elle préfère le tag.

Savannah est à la fois obstinée, sensible et pugnace. Soir après soir, elle s’évertue à modérer – avec talent – les fourmillantes assemblées, lieu de libération de la parole. Un thème qui n’est pas sans rappeler le film l’Assemblée, sorti en 2017. La réalisatrice ne se contente pas de suivre l’engagement public de la jeune femme, elle l’accompagne aussi dans son intimité. Chez son père, un homme de classe ouvrière, qui peine à la comprendre et qui soupire à l’évocation d’une potentielle grève générale parce qu’il a « un contrat moral avec son patron ». Chez sa mère, inquiète de la savoir exposée aux violences policières mais qui se réjouit de son intégration à l’école normale supérieure. Entre deux manifestations et pas mal de nuits blanches, Savannah a travaillé d’arrache-pied pour décrocher une place dans ce prestigieux établissement. Mais cette amoureuse de Bourdieu, issue d’un milieu populaire, n’y a jamais trouvé sa place.

Savannah.

Quatre ans après Nuit debout, le film résonne singulièrement avec le mouvement des Gilets jaunes, tous aussi avides de démocratie et de justice sociale. Tous autant réprimés et blessés par les forces de police. Ceux qui sont passés par la place de la République replongeront avec émotion dans cette foule exaltée qui se battait déjà pour « le monde d’après ». Ils trembleront de rage face aux charges des CRS. Et se rappelleront, non sans amertume, l’épuisement et la lassitude des militants. Un découragement qui a épargné Jeanne Dressen, la réalisatrice, qui aura mis quatre ans pour produire seule ce film, sans le moindre centime. Elle nous livre ainsi un vibrant hommage à ce printemps social qui a donné tant d’espoir à toute une génération de militantes et de militants.









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