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La surexploitation des nappes phréatiques tue les rivières

14 octobre 2019



Une étude publiée début octobre dans le journal scientifique Nature montre que la capacité des nappes phréatiques à se reconstituer est totalement dépassée par le rythme des prélèvements, dont 70 % vont à l’agriculture. À l’échelle mondiale, environ 40 % des aliments que nous cultivons sont arrosés d’eau provenant de captages souterrains.

Les auteurs, issus d’universités des Pays-Bas, d’Allemagne, du Canada et des États-Unis, décrivent les modalités de ce désastre environnemental occulte et progressif, provoqué par l’humain. Il faut des années, voire des décennies, pour que les conséquences d’une surexploitation des eaux souterraines soient visibles. Le résultat est le lent assèchement de milliers d’écosystèmes fluviaux dans le monde. Selon les auteurs, quelque 15 à 21 % des bassins versants d’où l’eau souterraine est extraite ont déjà dépassé un seuil écologique critique.

Ce nombre pourrait atteindre 40 à 79 % d’ici vingt ou trente ans. « Cela signifie que des centaines de rivières et de ruisseaux du monde entier seront tellement appauvris, et certains le sont déjà, que leur faune et leur flore seraient menacées », a déclaré Inge de Graaf, auteure principale de l’étude et hydrologue à l’Université de Fribourg. En France, cet été, et l’été dernier, le niveau de nombreuses rivières a drastiquement baissé et certaines étaient à sec.

Les auteurs définissent le seuil critique comme un débit diminué pendant au moins trois mois distincts, sur deux années consécutives, ou le moment où le débit ne peut plus subvenir aux besoins des animaux et des plantes.

Les régions déjà en difficulté sont situées dans des zones à températures élevées qui dépendent de l’eau souterraine pour l’irrigation, car les rivières ne fournissent pas un volume d’eau suffisant. Aux États-Unis, les bassins versants touchés (vallée centrale de la Californie et les hautes plaines du Midwest américain) fournissent une grande partie de la production agricole industrielle du pays. Dans la région du haut Gange et de l’Indus en Asie du Sud aussi, les eaux souterraines s’épuisent déjà.

Les auteurs recommandent que chaque pays détermine « de toute urgence » les seuils où le pompage des eaux souterraines commence à affecter l’environnement de surface, afin d’empêcher l’aggravation de la sécheresse.

 Source : E.S. avec SF Gate






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