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Reportage — Nucléaire

La sortie du nucléaire, l’autre enjeu des élections allemandes

À l’approche des élections fédérales allemandes, Reporterre se penche sur les grands enjeux écologiques qui bousculent le pays. La sortie du nucléaire, engagée par Angela Merkel pour fin 2022, est l’un d’eux. Reportage près de la centrale de Grohnde.

Lors des élections fédérales allemandes du 26 septembre, une nouvelle chancelière ou un nouveau chancelier sera élu à la place d’Angela Merkel. Reporterre publie une série d’articles présentant certains des enjeux écologiques débattus outre-Rhin : le charbon, la voiture électrique, les forêts, la taxe carbone et aujourd’hui, le nucléaire.



Grohnde (Basse-Saxe), reportage

Depuis le jardin de Pia et Karl-Heinz Neubauer, on ne voit qu’elles : les deux tours de refroidissement de la centrale nucléaire de Grohnde. Le site n’est qu’à 500 mètres de la maison du couple. Pourtant, ils n’y prêtent plus vraiment attention. « Cela fait vingt-cinq ans qu’on habite ici, on s’y est habitués », sourit Pia.

L’enfant du pays avait manifesté contre la mise en service de la centrale en 1984, dans cette région rurale de Basse-Saxe. « J’avais 16 ans, mes parents ne voulaient pas que j’y aille, se souvient-elle. Eux étaient pour la centrale. » Au fond du jardin, son vieux vélo arbore encore le fameux autocollant avec le slogan « Kernkraft ? Nein danke ! » (« Nucléaire ? Non merci ! »).

Depuis trente-sept ans, Pia n’a pas changé d’avis. Il y a eu la catastrophe de la centrale de Tchernobyl en 1986, puis celle de Fukushima en 2011. « On a fait en sorte de chasser la peur de nos têtes, de se dire que nos centrales étaient plus sûres, et que nous ne risquions pas de tsunami ici, explique Pia. Lorsque la maladie de Hashimoto [1]a été diagnostiquée à notre fille, on s’est aussi interrogés : est-ce à cause de rejets radioactifs ? Mais on n’a jamais trouvé de réponse, on a laissé tomber. »

Dans trois mois, les tours de la centrale cesseront de rejeter de la vapeur d’eau dans le ciel de Grohnde. Le site sera définitivement coupé du réseau le 31 décembre 2021, comme le prévoit le calendrier de sortie du nucléaire de l’Allemagne. Mais il ne va pas disparaître du jour au lendemain : le démantèlement devrait durer quinze ans, et un site de stockage va être construit pour les déchets faiblement radioactifs. « Le risque d’un accident va rester », souligne Karl-Heinz.

La centrale nucléaire de Grohnde, en Allemagne, sera arrêtée le 31 décembre 2021. © Violette Bonnebas/Reporterre

Une technologie jugée trop dangereuse

Ce risque, c’est bien ce qui a décidé l’Allemagne à sortir du nucléaire. Le vendredi 11 mars 2011, les images de la catastrophe de la centrale de Fukushima, au Japon, provoquèrent un électrochoc parmi une population déjà sceptique. Le lendemain, 60 000 personnes manifestaient à Stuttgart pour réclamer la fermeture des centrales allemandes. Jusqu’alors pronucléaire, Angela Merkel opéra un revirement spectaculaire en annonçant la sortie du nucléaire civil d’ici décembre 2022. « Seul celui qui est convaincu que l’accident ne se produira pas peut accepter ce risque, expliqua la chancelière conservatrice le 9 juin 2011 devant le Bundestag. Mais s’il arrive, les conséquences sont si dévastatrices [...] qu’elles dépassent de loin les risques de toutes les autres sources d’énergie. »

Dix ans plus tard, la production d’électricité issue du nucléaire a été largement compensée par la montée en puissance des énergies renouvelables. Contrairement à une idée reçue tenace, la sortie du nucléaire n’a pas fait augmenter la part du charbon : celui-ci représentait 42 % de la production électrique en 2015, contre 24 % en 2020, d’après l’Office fédéral de la statistique.

Mais alors que l’installation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques patine désormais, certaines voix demandent la prolongation de la durée de vie des six dernières centrales en activité. Le nucléaire est présenté comme une « technologie de transition », puisqu’il n’émet que très peu de gaz à effet de serre. L’idée pourrait sembler séduisante pour les dirigeants pressés par leurs engagements climatiques. Car si l’Allemagne a baissé ses émissions de CO2 de près de 41 % depuis 1990, elle reste très polluante, avec 9,7 tonnes émises par habitant en 2019, contre 6,5 en France (hors émissions importées).

Pourtant, les partisans du nucléaire sont minoritaires. Peu importe qu’il émette peu de CO2 : la majorité des Allemands ne veut tout simplement plus d’une technologie qu’ils jugent trop dangereuse. Une crainte ravivée régulièrement dans l’opinion par le casse-tête de la gestion des déchets. Quelque 600 000 m² de matières radioactives attendent toujours un site de stockage définitif, tant les résistances sont fortes sur le terrain.

À quelques jours des élections fédérales, le 26 septembre prochain, un seul parti promet de relancer l’atome : la formation d’extrême droite AFD, qui n’a aucune chance de gouverner et stagne à 10 % dans les sondages. Pour les autres partis, à droite comme à gauche, le message est clair : en Allemagne, c’est toujours « Nucléaire ? Non merci ».

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