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Climat

La fonte du « glacier de l’Apocalypse », en Antarctique, effraie les scientifiques

Le glacier Thwaites, un énorme bloc de glace en Antarctique occidental, fond à grande vitesse. Une équipe de chercheurs vient de découvrir l’ampleur des flux d’eau chaude qui menacent sa stabilité. Si le glacier se désagrège, il pourrait provoquer une hausse globale du niveau des mers de 65 centimètres.

Ils le surnomment le « glacier de l’apocalypse ». Depuis une dizaine d’années, des scientifiques observent de près le glacier Thwaites, une masse glaciaire en Antarctique occidental de 120 kilomètres de large, 600 kilomètres de long et dont l’épaisseur peut atteindre 3 kilomètres. Car ce géant de glace de 192 000 km2 (soit près du tiers de la superficie de la France) menace de fondre et de se détacher de la calotte glaciaire. « La vitesse de fonte de Thwaites a quasiment doublé », explique à Reporterre Gaël Durand, chargé de recherche sur la dynamique des glaciers au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). En cause : des flux d’eau chaude circulant dans des canaux sous-marins à la base du glacier.

Pour la première fois, une équipe de chercheurs de l’université de Göteborg, en Suède, a observé les dessous du géant de glace grâce à un robot sous-marin autonome. Leur étude, publiée dans la revue Science Advances le 9 avril dernier, révèle que la quantité d’eau chaude circulant sous le glacier est bien plus importante que ce qu’ils pensaient. Ces courants érodent petit à petit sa surface. Les scientifiques avaient découvert en 2010 la présence d’une énorme cavité creusée par l’érosion sous le glacier. Depuis, quatorze milliards de tonnes de glace ont fondu. Le glacier est responsable à lui seul, selon l’étude, de 4 % de la hausse annuelle du niveau des mers.

Pour comprendre le fonctionnement des courants circulant sous la masse glaciaire, l’équipe de chercheurs y a envoyé un robot sous-marin autonome surnommé « Ran ». Le petit appareil s’est frayé un chemin sous le glacier pour y mesurer la salinité, la teneur en oxygène et la température de l’eau. Il a également analysé la solidité du glacier et la topographie du fond marin.

Grâce à de précédentes mesures, effectuées en 2019, la présence d’un réseau de canaux sous le glacier était déjà connue. Mais c’est la première fois que les relevés ont pu être réalisés sur place, directement depuis le dessous du glacier. L’équipe de chercheurs a ainsi réussi à modéliser avec précision les flux de chaleur circulant sous la glace. En plus des canaux déjà identifiés, ils ont découvert un passage d’écoulement de l’eau à l’Est, vers la baie de Pine Island. Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que cet écoulement était bloqué par une crête sous-marine.

Le robot sous-marin a enfin mesuré le transport de chaleur dans l’un des trois canaux conduisant l’eau chaude vers le glacier de Thwaites depuis le Nord. Résultat : la valeur de flux mesurée équivaut à une fonte de 75 km3 de glace par an. « La bonne nouvelle, c’est que nous collectons maintenant, pour la première fois, les données nécessaires pour modéliser la dynamique du glacier de Thwaites, s’est malgré tout enthousiasmé Anna Wåhlin, professeure d’océanographie à l’université de Göteborg et chargée de l’étude, dans les colonnes du Guardian. Ces données nous aideront à mieux calculer la fonte des glaces à l’avenir. Avec l’aide des nouvelles technologies, nous pouvons améliorer les modèles et réduire la grande incertitude qui règne actuellement autour des variations mondiales du niveau de la mer. »

Le sort de toute la calotte glaciaire de l’ouest de l’Atlantique serait scellé dans les cinq prochaines années

Pour la première fois, une équipe de chercheurs a observé les dessous du géant de glace.

« Aujourd’hui, le forçage climatique [1] perturbe l’état du glacier. Mais même en réduisant ce forçage, il peut continuer de reculer, car il a une dynamique propre. Les prochaines années diront ce qu’il adviendra de Thwaites », dit Gaël Durand. Les résultats ne sont guère encourageants. L’écoulement pourrait menacer à court terme les « points d’épinglage », les piliers sur lesquels repose le glacier. Instable, ce dernier pourrait se décrocher et s’éloigner de la terre. L’étude précise que sa fonte totale causerait une hausse du niveau de l’eau de 65 centimètres et de nombreuses villes côtières seraient alors en péril.

Pire encore, son effondrement pourrait avoir des effets d’entrainement pour d’autres glaciers de la région. « Thwaites et le glacier de Pine Island sont la clé de voûte pour les autres glaciers dans l’Antarctique de l’Ouest. Ils constituent le point de fragilité de la zone et l’endroit où un potentiel démantèlement de la calotte glaciaire pourrait être initié », avertit Gaël Durand. Le sort du géant de glace et de toute la calotte glaciaire de l’ouest de l’Atlantique serait scellé dans les deux à cinq prochaines années, car les courants d’eau chaude pourraient accélérer sa fonte. Dans le pire scénario, celui de la fonte de tout l’inlandsis Ouest Antarctique, « quelques siècles suffiraient pour observer une élévation du niveau de la mer allant jusqu’à trois mètres ».

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