Accueil > Editorial > Brèves >

La Maison des peuples revivra, annonce son collectif

22 novembre 2019



Samedi 16 novembre dans l’après-midi, pendant que la manifestation des Gilets jaunes se continuait à Paris, un collectif a investi une ancienne gare de chemin de fer puis salle de spectacles abandonné. Il la transformait en « Maison des peuples ». Mais dès le lendemain, sans respecter la loi, la police délogeait les dizaines de personnes qui animaient ce lieu. Le collectif revient sur ces événements et annonce son intention de poursuivre le projet. Voici leur communiqué, reçu vendredi 22 novembre :

« Pour le week-end anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, nous, groupes de Gilets jaunes et militants issus d’une vingtaine de collectifs rassemblés autour de valeurs communes, décidons de créer la première Maison des Peuples de Paris, en investissant l’ancienne salle de concert La Flèche d’Or dans le 20e arrondissement de Paris. Nous poursuivons en cela la dynamique nationale des Maisons du Peuple, qui s’est lancée dès les débuts du mouvement des Gilets Jaunes dans des villes comme Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux, Caen et bien d’autres encore. Il s’agit pour nous de construire un espace autonome et autogéré de convergence, indépendant des partis, et d’organiser nos luttes au sein d’un espace de solidarité et d’entraide.

Le premier soir, plusieurs centaines de personnes s’y sont réunies pour célébrer une année de mobilisation intense. Nous avons été accueillis avec enthousiasme et soutenus par le voisinage, qui s’inquiète du devenir de ce lieu laissé à l’abandon depuis plusieurs années et des visées prédatrices d’un fonds d’investissement immobilier. En 24 heures, nous avions déjà mis en place une cantine à prix libre, une bibliothèque itinérante, un infokiosque, une rencontre avec les habitants pour poser les bases d’un travail en commun, des espaces de discussion politique... Dans cette atmosphère effervescente, une multitude de projets étaient déjà en construction : permanence d’aide juridique, cours de français et d’alphabétisation, repas solidaires, atelier de décolonisation, cours d’auto-défense, espaces de gratuité, atelier de réparation de vélos, potager sur la petite ceinture...

L’évacuation de ce lieu a coupé court à toutes ces initiatives menaçantes pour un pouvoir de plus en plus autoritaire et répressif.

Nous dénonçons une expulsion illégale et politique, décidée par la Préfecture de Police de Paris. Illégale car la procédure habituelle d’expulsion n’a pas été respectée. Cela faisait plusieurs jours qu’un groupe de personnes nécessitant un logement avait élu domicile à la Flèche d’Or. Les pièces réunies pour le prouver auraient permis le respect des procédures légales afin d’entériner notre domiciliation. Mais par deux fois, la police a refusé de recevoir les éléments du dossier prouvant qu’il s’agissait bien de leur domicile. Politique car une fois de plus une initiative contestataire et solidaire de convergence des luttes est réprimée férocement par le gouvernement et sa police. La veille de notre expulsion c’est la Maison du Peuple nouvellement créée à Grenoble qui était délogée à grand renfort de policiers cagoulés et de chiens.

Quand l’État est mis en échec face à ses responsabilités il ne supporte pas qu’on se substitue à lui et préfère criminaliser toute tentative de rendre à la population l’espace public ou privé.

L’expulsion de notre Maison des Peuples a eu lieu en application des pratiques de terreur mises en place par une institution policière politique partisane qui fiche, sanctionne, blesse et tue en toute illégalité et impunité. La police a relevé l’identité de toutes les personnes présentes sur les lieux, 14 camarades se sont fait interpeller pour contrôle d’identité, les sympathisant·e·s réuni·es autour du lieu ont été aspergé·es de gaz lacrymogène et des grenades de désencerclement ont été lancées sans discernement. Dans le même temps,une manifestation islamophobe organisée par des groupuscules fascistes avait lieu dans Paris, protégée et encadrée par ces mêmes forces de l’ordre.

Malgré sa brièveté, cette tentative d’ouverture d’une Maison des Peuples a renforcé et acté notre volonté et notre détermination à continuer à s’unir dans la lutte et à détruire ensemble ce qui nous détruit.

Nous voulions ouvrir une Maison des Peuples. Nous voulions ouvrir un espace commun à tou·te·s, faire le pont avec tous les peuples en révolte et ici, s’organiser pour la grève du 5 décembre. En attendant de trouver un lieu pour nous accueillir, nous serons partout, de toutes les luttes à venir.

Notre détermination à construire une société meilleure, plus égalitaire, et plus inclusive, ne s’arrêtera pas aux actes de répression organisés par un État autoritaire. Nous porterons cette maison avec nous, en nous, jusqu’à ce que nous soyons suffisamment nombreux·ses pour la faire tenir.

Rejoignez-nous ! »

 Source : Courriel à Reporterre

 Photo : Le chemin de fer de la petite ceinture vue depuis la Maison des peuples - la vitre était déjà cassée avant l’arrivée du collectif d’occupation (© NnoMan/Reporterre)

 Contact :
. Sur Twitter : @maisondespeuples
. Sur Facebook : https://www.facebook.com/MaisonDesPeuples/
FB : Teuf d’anniv






Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Gilets jaunes, un an : une féroce répression contre l’union des colères
Dans les mêmes dossiers       Gilets jaunes



Sur les mêmes thèmes       Luttes