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​​ L’électricité bon marché empêche le développement des renouvelables

10 juin 2019 / Corinne Lepage



L’autrice de cette tribune s’élève contre la « primauté absolue donnée au nucléaire » et l’électricité trop peu chère vendue par EDF, qui rend la concurrence ardue pour les fournisseurs d’électricité renouvelable. Si la hausse des prix est une évidence, elle fait avant tout « payer à l’usager la politique catastrophique de l’État ».

Corinne Lepage est présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen ancienne ministre de l’Environnement et avocate.

Corinne Lepage.

Le prix de l’électricité est monté de 23 % entre 2007 et aujourd’hui et d’autres hausses sont attendues. Cette hausse est pour partie inéluctable mais, faute pour le gouvernement de s’attaquer aux vrais problèmes, elle ne résout rien.

Elle est pour partie inéluctable dans la mesure où la France a fait le choix d’une électricité bon marché, contrepartie de la décision imposée à la population française de faire de notre pays le pays le plus nucléarisé du monde. D’autres pays comme la Suède, qui ont pourtant fait le choix d’un nucléaire important (de l’ordre de 35 % du mix énergétique), ont décidé de mettre un prix élevé sur l’électricité afin de conduire les consommateurs à réduire leur consommation énergétique. En France, aujourd’hui, ce choix du bas prix n’est plus tenable compte tenu de la situation financière catastrophique d’EDF. Situation catastrophique liée à la dette abyssale de cette entreprise, dette qui l’empêche en réalité d’investir non pas pour un grand « carénage » — qui n’est que de la communication — mais simplement une mise aux normes qui n’a pas été faite depuis des années de manière suffisante.

Situation catastrophique liée aussi aux coûts abyssaux et sans fin de Flamanville et au financement de la centrale — aléatoire en période de Brexit — de Hinckley Point en Angleterre. À ce tableau idyllique, on peut ajouter une réduction drastique de la disponibilité des centrales nucléaires, réduisant d’autant le chiffre d’affaires d’EDF et mettant le nucléaire très en dessous des 70 % du mix énergétique. Situation catastrophique liée enfin au fait que le produit, à savoir l’électricité nucléaire, n’est plus compétitive dans le monde actuel. Certes, les vieilles centrales, qu’EDF veut à tout prix continuer à faire fonctionner malgré les risques, en raison de leur rentabilité, produisent encore à un coût relativement bas, grâce à une comptabilité qui minore les dépenses en aval. Mais ce coût, inexact sur le plan économique, est aujourd’hui talonné par l’éolien et même par le solaire photovoltaïque. À moyen terme, nous savons tous que le nucléaire n’est ni compétitif ni rentable. Et cette situation pèse infiniment plus sur les comptes de l’entreprise publique que le régime au demeurant difficilement justifiable aujourd’hui de non-paiement de leurs factures d’électricité par les employés d’EDF. Cette entreprise a fait et imposé à l’État le choix de rester sur un secteur d’activité non rentable, dont la survie ne peut être assurée que par le contribuable (via l’État) et par l’usager (l’abonné à EDF).

Poussons au développement d’une concurrence beaucoup plus active des énergies renouvelables

Pour autant, la hausse du prix de l’électricité ne résout pas le problème de fond et fait payer à l’usager la politique catastrophique de l’État en matière d’électricité, et ce à plusieurs niveaux.

Mais, ce changement de cap est à l’opposé de celui poursuivi par le gouvernement qui est le choix d’une primauté absolue de l’investissement et du financement dans le nucléaire, décision irrationnelle et à terme suicidaire pour l’industrie, l’économie et le contribuable français.







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Source : Courriel à Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photo :
. éolienne : Jérémy Paquet/Flickr
. portrait : © Corinne Lepage

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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