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Grands Projets inutiles

L’absurde projet d’aéroport en Andorre a été annulé

Lancé il y a peine trois mois, le projet d’aéroport international d’Andorre vient d’être abandonné par la principauté. La raison invoquée : son infaisabilité technique. Mais les opposants estiment que leur intense mobilisation a payé.

Une fine vague de verre et d’acier se dresse au creux d’une vallée. Des Porsche et des Ferrari garées sur un parking attendent les riches passagers. Des jets privés atterrissent au milieu des montagnes enneigées. Nous sommes en Andorre, face à ce qui aurait pu être le nouvel aéroport de la principauté. Mais grâce à une forte mobilisation, ce projet a été abandonné mercredi 9 juin, trois mois seulement après son annonce en grande pompe.

La raison invoquée ? Des infaisabilités techniques. « Le projet d’aéroport proposé ne répond pas aux exigences opérationnelles et de sécurité des vols internationaux des compagnies aériennes stipulées par l’OACI et l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) », explique un communiqué de presse du gouvernement d’Andorre. La piste de 1 800 mètres de long par 45 de large serait trop courte, trop pentue et trop enclavée. Les conditions d’atterrissage dans un cul de sac seraient également incertaines, surtout par mauvais temps. Dans un entretien avec le site Actu.fr, Olivier Rigazio, porte-parole du Syndical national des pilotes de ligne (SNPL), alertait déjà sur les nombreuses difficultés accumulées par cet aéroport, assurant qu’il faudrait un entraînement spécifique pour réussir à y poser un appareil.

Pour David Berrué, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) des Pyrénées catalanes et candidat aux élections régionales en Occitanie, ces problèmes techniques sont une bonne excuse pour le gouvernement : « La forte mobilisation n’est pas pour rien dans cet abandon. Ils ont été étonnés par la résistance qui s’est incarnée dans des prises de position de personnalités, d’organisations et d’associations diverses », dit-il à Reporterre. Le célèbre champion de ski-alpinisme Kilian Jornet a pris position, estimant que ce projet était « une aberration » et qu’il faudrait plutôt « améliorer les infrastructures existantes et penser à un modèle plus durable ».

 « C’est une façon de sauver la face jusqu’à ce qu’on oublie cette idée complètement »

Cet aéroport était censé accueillir, à 1 987 mètres d’altitude, un demi-million de passagers, principalement des riches touristes en provenance de Russie, d’Asie ou du golfe Persique. Il aurait officiellement désenclavé la région, aujourd’hui uniquement accessible par la route. Son coût : 345 millions d’euros, dont l’origine des financements n’a jamais été dévoilée. « Près de 150 000 euros en études ont été déjà partiellement financées par le gouvernement pour travailler sur des hypothèses de faisabilités techniques », signale David Berrué. De l’argent dépensé en vain.

La Chambre andorrane de commerce, d’industrie et de services (CCIS), promotrice du projet, aurait déclaré qu’elle allait se mettre en quête d’un autre site plus adapté, selon Claude Benet, ancien ministre du Commerce, du Tourisme et de l’Industrie andorran. « Je crois que c’est une façon de sauver la face jusqu’à ce qu’on oublie cette idée complètement. À mon avis il n’y aura pas de suite », a-t-il dit à Reporterre.

Mais surtout, le tarmac aurait détruit une zone humide qui abrite de nombreuses espèces animales et végétales, comme le grand tétras, dont il ne reste que deux couples dans la vallée. Autre crainte, la pollution de la rivière La Valira d’Orient alimentée par le cirque d’origine glaciaire des Pessons. « Allez savoir dans quel état seront les eaux, une fois passées par l’aéroport, pour tous les villages se trouvant en aval », s’interrogeait le biologiste Marc Mossoll dans Reporterre.

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