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Politique

Jadot et Rousseau : des programmes proches, des méthodes différentes

Le second tour de la primaire écologiste débute samedi 25 septembre et s’est achevé mardi 28 septembre par la victoire de Yannick Jadot. Sortie du nucléaire, fin des pesticides... Les finalistes — Sandrine Rousseau et Yannick Jadot — sont en phase sur de nombreux sujets. Mais avec un style et une démarche très différents.

On a tôt fait de ramener l’opposition entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau à celle entre une écologie de « rassemblement » et une écologie « radicale ». Alors que débute le second tour de la primaire écologiste, dont les résultats seront connus mardi 28 septembre — quels sont les points de convergence et les différences entre l’eurodéputé et la vice-présidente de l’Université de Lille ?

Lors du débat d’entre deux tours organisé le 22 septembre sur LCI, les finalistes (27,7 % des voix pour M. Jadot, 25,14 % pour Mme Rousseau) ont discuté de leurs programmes et de leur vision des enjeux sociétaux. Si leurs constats sont souvent similaires, leurs divergences se situent dans la façon d’aborder les combats. Sandrine Rousseau, écoféministe assumant à 100 % son côté « woke » [1] malgré de nombreuses attaques à ce sujet — « Si être “woke” c’est être éveillée aux injustices sociales, racistes, sexistes et économiques, évidemment qu’il faut l’être ! » —, estime que « l’écologie de gouvernement » de son concurrent « ne va pas au bout du chemin ». Yannick Jadot, plus connu du grand public, tantôt considéré comme un « pilier d’Europe Écologie — Les Verts », tantôt critiqué par l’aile gauche du parti, porte lui une « écologie qui assume vouloir gouverner » et « prendre ses responsabilités ». Qu’en est-il de leurs programmes ?

Sandrine Rousseau a recueilli 25,14 % des voix au premier tour de la primaire écologiste. Yannick Jadot, 27,7 %. © Mathieu Génon/Reporterre

Tous deux affirment l’urgence de réformer les institutions

Il et elle partagent par exemple la volonté d’accueillir en France les exilés. Les deux sont également raccord, pêle-mêle, sur la légalisation du cannabis, sur l’arrêt de l’artificialisation des sols ou encore sur la lutte contre la transphobie — il souhaite faciliter les changements d’état civil pour les personnes trans et leur ouvrir la PMA (procréation médicalement assistée), elle souhaite en outre que les soins effectués dans le cadre d’une transition de genre soient remboursés.

Les deux candidats souhaitent la fin des pesticides — d’ici cinq ans pour Mme Rousseau. © Mehdi Fedouach/AFP

Côté bien-être animal, leurs objectifs sont similaires. Tous deux souhaitent la fin de l’élevage industriel par exemple. L’une entend ainsi renforcer le statut juridique des animaux, l’autre souhaite créer un ministère du Bien-être animal. Tous deux notent également l’urgence de réformer les institutions, Yannick Jadot souhaitant instaurer un septennat non renouvelable pour la présidence, un scrutin proportionnel pour les législatives ou encore des référendums d’initiative locale. L’eurodéputé, pour qui « il y a des actes racistes commis par des policiers, mais la police n’est pas raciste », veut également transférer l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) chez la défenseuse des droits. Il avait défilé aux côtés des policiers après le décès de l’un d’eux en mai, contrairement à Sandrine Rousseau. « Je ne dis pas que chaque policier est raciste, mais que les consignes qui sont données aux policiers aggravent les discriminations », a-t-elle dit sur LCI. Elle entend en outre « sortir du présidentialisme », créer une chambre au Parlement composée de citoyens tirés au sort et convoquer une « convention citoyenne pour une autre République »


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L’arrêt de l’utilisation des pesticides est un autre de leurs buts communs. Cela dit, ce point est paradigmatique de la différence d’approche des deux écologistes : là où Yannick Jadot n’a cessé, sur LCI, de parler « d’accompagnement », Sandrine Rousseau, elle, a mis en avant la nécessité d’assumer dès aujourd’hui des « mesures fortes et radicales » qui ne feront pas plaisir à tout le monde. « Dans ton programme, il n’y a pas de date de sortie des pesticides, a-t-elle dit à son concurrent. Moi, je dis qu’on sort des pesticides de synthèse dans les cinq ans. » L’ancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV entend ainsi se démarquer du « pragmatisme » souvent prêté à son adversaire.

« L’écologie politique radicale que nous portons n’est pas compatible avec l’économie de marché »

« Sandrine Rousseau veut changer rapidement le système, assure à Reporterre Thomas Portes, porte-parole de l’économiste. Elle considère que l’écologie politique radicale et sociale que nous portons n’est pas compatible avec l’économie de marché et le libéralisme. L’écologie politique portée par Yannick Jadot considère que celle-ci peut-être réalisable dans l’économie de marché dans laquelle on se trouve. Voilà une de leurs différences fondamentales. »

L’eurodéputé Mounir Satouri, soutien de Yannick Jadot, n’est pas d’accord : « Sur le fond du projet, je cherche encore la différence entre les deux : tous les deux portent le projet du pôle écologiste, élaboré de manière collective et participative. Sandrine Rousseau souhaite instaurer une différence qui n’existe pas. Yannick Jadot porte un projet écologiste ambitieux, capable d’opérer les transformations profondes de la société pour mettre l’écologie en responsabilité. » 

Pour ce qui concerne la transition énergétique, les deux finalistes se retrouvent sur leur volonté de sortir du nucléaire. L’ex-directeur des campagnes de Greenpeace expliquait récemment à Reporterre désirer en « sortir progressivement, mais inéluctablement » et ce « d’ici vingt ans », le tout en reprenant le « scénario Négawatt qui prévoit des investissements massifs dans la sobriété énergétique ». Sur LCI, il a rappelé sa volonté d’investir 10 milliards d’euros par an dans la rénovation thermique des bâtiments, laquelle serait prise en charge à 100 % « pour les deux millions de familles en précarité énergétique et qui vivent dans des passoires énergétiques ». L’enseignante-chercheuse, elle, veut sortir du nucléaire « le plus rapidement possible », avec un mix énergétique totalement renouvelable en 2050. Comment ? En développant les énergies renouvelables et en « prônant la sobriété énergétique ». Sur LCI, elle a en outre évoqué les emplois qui pourraient être créés dans le cadre d’une « filière d’excellence » de démantèlement des centrales. 

Un taux d’imposition élevé pour les plus riches

Quant au carbone, Sandrine Rousseau souhaite en augmenter son prix, avec une tarification entre 200 et 250 euros la tonne. De quoi, selon elle, augmenter le prix de l’essence de six centimes sur l’année, augmentation qu’elle compenserait via la gratuité des transports en commun et la mise en œuvre d’un « revenu d’existence » de 850 euros à partir de 18 ans, sans condition de ressources. Yannick Jadot, qui se dit lui favorable à un « revenu citoyen » de 665 euros à partir de 18 ans, s’est inquiété sur LCI de l’augmentation du prix de l’essence pour les plus précaires. « Tu agites une forme de peur sur l’écologie », lui a rétorqué Sandrine Rousseau, qui se prononce pour une « démobilité » : « Il faut repenser toute notre vie pour limiter les trajets dont nous avons besoin. Aux personnes qui ont absolument besoin de leur voiture, je leur dis : il va falloir accepter un changement de véhicule. Les SUV, par exemple, sont totalement inutiles dans une société de transformation écologique. » L’eurodéputé, lui, n’est pas « pour la suppression de la voiture » : « Il faut développer toutes les mobilités qui permettent de créer du confort et de réduire les pollutions, remettre en services des trains du quotidien, favoriser le forfait obligatoire sur la mobilité durable dans les entreprises. » Il souhaite en outre interdire la vente de voitures diesel et thermiques classiques à partir de 2030.

Sandrine Rousseau : « Les SUV sont totalement inutiles dans une société de transformation écologique. » Pixabay /Christine Sponchia

Concernant la fiscalité, l’ex-candidat à la présidentielle de 2017, qui avait finalement rallié Benoît Hamon — il assure aujourd’hui qu’en cas de victoire à la primaire, il ne ralliera pas Anne Hidalgo —, se dit favorable à l’ISF climatique porté par le maire de Grenoble Éric Piolle. « Les riches ont un impact avec leur consommation, mais aussi leurs placements financiers. Je soutiens le rétablissement d’un impôt sur la fortune beaucoup plus efficace que le précédent, qui était miné par les dérogations. Nous reviendrons aussi sur la “flat-tax” », disait-il récemment à Reporterre. Selon sa concurrente, qui a appelé les socialistes et les Insoumis à la rejoindre, il est nécessaire de mettre en œuvre un taux d’imposition marginal élevé pour les plus riches, évoquant le chiffre de 80 % — Jadot, lui, situe le bon taux entre 45 et 80 %.

Sur LCI, la candidate a affirmé, concernant le financement des mesures portées dans son programme : « Je ne souhaite pas tout financer par la dette, il y a une forme de solidarité nationale à avoir. » Son adversaire, lui, veut mettre en place un plan d’investissement de 50 milliards d’euros par an. « Ce que disent tous les économistes, c’est qu’on n’a pas de problème de financement de la dette », assure-t-il.

Alors quelle nuance de vert l’emportera ? 122 670 personnes sont inscrites pour voter en ligne, les résultats seront connus mardi 28 septembre au soir. 

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