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Énergie

Énergie : l’« écart massif » entre les promesses et les actes de la France

Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie pointe les retards de la France en matière de transition. Elle appelle notamment à plus d’investissements dans les énergies renouvelables et à clarifier ses mesures sur l’après nucléaire.

C’est le paradoxe de la politique énergétique de la France que vient de dévoiler l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans son dernier examen de la politique énergétique nationale, rendu public le 30 novembre, l’organisme rattaché à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) décrit un pays qui compte parmi les « premiers leaders d’opinion sur la transition énergétique mondiale » et dont le mix énergétique est le moins carboné des pays du G7 grâce à la prégnance du nucléaire (67 %).

Surtout, entre la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la « stratégie nationale bas carbone » (SNBC) ainsi qu’un plan de relance qui alloue des « financements verts historiques », l’AIE loue une « amélioration du cadre de travail ».

Pourtant, constate l’agence internationale, malgré ses multiples feuilles de route, la France accumule les retards pour atteindre son objectif d’un horizon 2050 sans carbone. Sur les énergies renouvelables, l’AIE souligne un « écart massif » entre les ambitions et la réalité. En 2020, selon ses données préliminaires, leur part dans la consommation finale brute d’énergie n’était que de 19,1 %, soit bien en deçà de l’objectif de 23,4 %, fixé par la PPE. « Pour atteindre son ambition de 2023, la France doit augmenter de 40 % sa production d’énergie éolienne et doubler sa capacité photovoltaïque en trois ans », avertit l’AIE.

Se positionner sur le nucléaire

L’AIE s’attarde aussi sur les échecs de la politique française en matière d’économies d’énergie. En 2019, la consommation finale d’énergie a atteint 145,5 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), soit près de 15 millions de plus que l’objectif annoncé dans la SNBC. Selon l’AIE, le seul espoir pour la France d’atteindre ses objectifs en 2030, soit une réduction de 20 % de la consommation d’énergie par rapport à 2012, serait de la faire baisser de 4 % chaque année. Pour l’instant, elle n’a diminué que de 4 % sur toute la décennie 2009-2019.

Outre les investissements en faveur des énergies renouvelables ou des économies d’énergie, l’AIE appelle la France à se positionner plus clairement sur l’avenir du parc nucléaire après 2035, date à laquelle EDF aura théoriquement fermé 14 des 56 réacteurs nucléaires du pays. Pour l’organisme international, la filière doit être « sécurisée » politiquement au même titre que les énergies renouvelables, « quel que soit le scénario de transition » choisi.

Or, sur ce dernier point, c’est le grand flou. « De fortes incertitudes subsistent sur l’avenir du nucléaire neuf et sur sa contribution à long terme aux objectifs de réduction des émissions de la France », observe l’AIE dans son rapport. Car si la SNBC s’appuie sur cette énergie bas carbone, il n’existe « aucune visibilité sur les sources » qui seront utilisées pour la maintenir après 2035. Raison pour laquelle l’agence juge comme une « mesure bienvenue » le report à 2035, au lieu de 2025, de la réduction de 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique français.

Cette mise en œuvre concrète de la transition énergétique, ou en tout cas celle qui répondrait aux ambitions nationales, a été esquissée par l’Agence de la transition énergétique (Ademe) dans son rapport publié le 30 novembre. Parmi ses quatre scénarios menant à la neutralité carbone en 2050, deux sont basés sur la sobriété, qui implique des changements considérables de la société, et deux prônent l’usage des technologies, notamment « vertes » ou de manière intensive.

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