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Climat

En Allemagne, le climat est au centre du débat politique

En Allemagne, la mobilisation pour le climat est très importante, avec 1,4 millions de manifestants le 20 septembre. Durant la semaine du 7 octobre, Extinction Rebellion a mené de nombreux blocages, avec succès. Et la question climatique est un enjeu politique crucial.

Berlin, correspondance

Les forces de l’ordre ont évacué vendredi 11 octobre le pont Marshall : cela faisait soixante heures que trois cents militants d’Extinction Rebellion (XR) bloquaient ce carrefour stratégique du coeur politique de Berlin, entre le Parlement et le siège de la chaîne de télévision publique ARD.

Un radeau en bois avait été bricolé, sur lequel flotte une banderole : “Nous sommes tous dans le même bateau, et l’équipage joue avec notre mort”. Le message est grave, mais l’ambiance bon enfant. Neuf activistes se sont enchaînés à des barils de pétrole. Patiemment, les policiers les ont détaché, un à un, à l’aide d’une scie sauteuse, des étincelles jaillissant devant les caméras.

Au même moment, un nouveau blocage avait commencé devant le ministère de l’Environnement, sur un fond de musique rock et techno. Quelques activistes escaladaient une centrale à charbon dans le nord-ouest de Berlin, tandis qu’un joyeux cortège de plusieurs milliers de personnes entamait la traversée du centre-ville.

Dans la foule, on pouvait lire : “Désolés du dérangement, mais c’est une question de survie”, “Bloquer plutôt que clamser” ou encore “Papi, c’est quoi la neige ?”. Un trentenaire, pavillon XR flottant à l’arrière de son vélo, discutait longuement avec un des policiers accompagnant pacifiquement le défilé. Arrivés à Potsdamer Platz, ils se serrèrent la main dans un sourire et se séparèrent. A l’arrière, l’ “Animal Rebellion” animait le pavé, tous déguisements dehors, pour alerter sur “les industries destructrices de la pêche et de l’élevage”.

Depuis six jours, les blocages de XR ont essaimé un peu partout dans la capitale allemande, paralysant la circulation automobile. Hannes, consultant informatique venu de Hambourg, s’est engagé il y a quatre mois, séduit par le mode d’action du mouvement : “Désobéissance civile et non-violence, pour moi c’est la bonne combinaison pour se faire entendre, explique le trentenaire en distribuant des tracts aux passants. Je trouve que XR est très prometteur, car le mouvement se base sur des faits scientifiques, il n’est pas dogmatique et ses lignes directrices sont suffisamment simples pour que beaucoup de gens puissent y participer.”

Tout le monde ne partage pas l’enthousiasme de Hannes. Les militants d’Extinction Rebellion “mettent en danger l’acceptation générale de la mobilisation pour le climat, réagit une éditorialiste du journal Tagesspiegel. La colère suscitée par les blocages pourrait se transférer à la cause, et le soutien en faveur d’une meilleure protection du climat pourrait diminuer.”

Les revendications d’Extinction Rebellion en Allemagne sont les mêmes que partout ailleurs dans le monde : que le gouvernement déclare l’état d’urgence climatique, qu’il réduise immédiatement les émissions de gaz à effet de serre afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2025, et que soient créées des assemblées de citoyens pour contrôler cette transition.

Le climat est au centre de la scène politique

Mais la mobilisation est particulièrement forte ici, alors que le pays peine à sortir du charbon et que ses énergies renouvelables marquent le pas. Le 20 septembre dernier, la grève générale pour le climat, initiée par Greta Thunberg, a rassemblé 1.400.000 personnes en Allemagne. Au niveau politique, les Verts sont devenus la deuxième force politique du pays si l’on en croit les sondages, réunissant 24 % des intentions de vote juste derrière les conservateurs d’Angela Merkel.

Hasard du calendrier, le gouvernement a validé mercredi 9 octobre dans la cacophonie son plan Climat, promettant cent milliards d’euros d’investissements dans les dix prochaines années. Le texte de 173 pages doit permettre à l’Allemagne, très en retard dans ses engagements climatiques, de tenir ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 par rapport à 1990.

Qualifié de “grande réussite” par l’exécutif, de “faillite” par ses opposants, le projet de loi fait le grand écart entre les demandes de la société civile et le sacro-saint équilibre budgétaire allemand. Légère augmentation du prix du carburant, embryon de taxation carbone, baisse de la TVA sur les billets de train grandes lignes… Un catalogue de mesures tous azimuts, volontaristes en apparence mais souvent peu précises et pas chiffrées, qui ne convainc ni les scientifiques ni les associations écologistes. “C’est une blague, estime Hannes. Ce plan climat ne va rien changer.”

La crainte d’une réplique allemande du mouvement des Gilets jaunes a également poussé la coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates à exclure des mesures jugées efficaces mais impopulaires, comme l’instauration d’une limitation de vitesse sur les autoroutes. De même, alors que le développement des énergies renouvelables doit être “accéléré”, la distance minimale des éoliennes avec les habitations a été étendu à un kilomètre pour satisfaire les opposants aux aérogénérateurs.

“Nous agissons de telle sorte que la protection du climat puisse être planifiable par les gens, que tout le monde sache comment les choses vont évoluer dans les années à venir, mais aussi que personne ne soit écrasé”, s’est défendue la ministre de l’Environnement Svenja Schulze.

Au fil des mois, la rumeur enfle à Berlin : le gouvernement d’Angela Merkel pourrait-il chuter sur la question climatique ? Au sein du parti social-démocrate, les appels à quitter la coalition se multiplient, alors que la formation de centre-gauche doit faire en décembre le bilan à mi-parcours de son travail gouvernemental et se choisir une nouvelle direction. Les militants d’Extinction Rebellion, eux, attendent en tout cas du changement, et vite.

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