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EXPOSITION - La Chine et les cimetières de vélos

27 septembre 2019 / Wu Goyong



Volontariste dans son désir de limiter les émissions de gaz à effet de serre, la Chine a favorisé l’explosion des services de vélos partagés, dont 27 millions ont été mis en circulation. Le photographe Wu Goyong montre, dans cette exposition à Paris, l’envers de cette politique : de fascinants et innombrables cimetières de vélos.

Premier pollueur de la planète, premier émetteur de gaz à effet de serre, la Chine a décidé de limiter les effets de la pollution. Le pays redouble d’effort pour stopper la dégradation de l’environnement, conséquence de décennies de croissance. Les résultats sont réels et contradictoires. Face à ce problème de santé publique, les autorités ont depuis 2013 mis en place un plan d’action afin de réduire de 30 % les émissions des industries hautement polluantes.

Dans le domaine des transports, les grandes métropoles soutenues par le pouvoir central ont fait appel à des sociétés de partage de cycles pour limiter les émissions de CO2. En moins de deux ans, plus de 70 sociétés spécialisées dans la mise à disposition de ce moyen de transport sont apparues. Ces compagnies ont investi plus de 10 milliards de dollars et ont installé 27 millions de vélos dans la majeure partie des grandes cités chinoises, chaque société se différenciant par une couleur de cycle différente. La première expérience de vélos partagés eut lieu à l’université de Pékin, en mai 2015. Dès lors, il n’est pas une ville qui ne se soit saisie de cette occasion. Mais, à l’engouement réel des débuts fait place désormais une situation inattendue : les cimetières de deux-roues. Dans les faubourgs des métropoles ont surgi et se sont multipliés des lieux nouveaux, inconnus de l’histoire industrielle, des casses à vélos ! Des accumulations à l’échelle du pays où l’on voit se succéder à perte de vue des carcasses qui s’empilent, se chevauchant dans un alignement et un ordonnancement mortel. Des millions de ces vélos sont ainsi mis au rebut. Ce n’est pas seulement à la disparition d’objets à laquelle nous assistons, c’est à la fin d’une illusion régénératrice.



Paradoxe que ces images de la catastrophe, réalisées par Wu Goyong, entre mars et décembre 2018, dans une vingtaine de villes de Chine. Pour celui qui, à l’aide d’un drone, survole la ruine moderne, la photographie magnifie l’échec, quand l’erreur fait l’horreur. Images inversées du monde réel, les photographies agencées selon une symétrie parfaite sont empreintes d’une beauté profonde. Simulacre impressionniste grotesque, la lumière varie sur les « champs » de vélos. Ces accidents « heureux » façonnent des paysages colorés et chatoyants. Vision délicieuse du mélange des complémentaires et des contrastes.

Ce que le ciel ne donne plus, la véritable couleur de l’atmosphère, Wu Goyong l’a surprise dans les rebuts de notre monde « moderne ».



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