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EN VIDÉO - Se sentir loup et dialoguer avec lui, pour sortir de la guerre au loup

7 septembre 2019 / Camille Felouzis (Reporterre)



Comment sortir de la guerre entre les éleveurs et les loups ? L’artiste-chercheur Boris Nordmann élabore des moyens originaux de dialogue entre les espèces. Dans la montagne limousine, il invite des éleveurs, bergers, naturalistes, à devenir loup. Vidéo.

Loups et éleveurs peuvent-ils cohabiter ? La question est sensible. D’un côté, canis lupus est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il est protégé par la Convention de Berne depuis 1979 et sa population augmente en France, à la satisfaction des défenseurs de l’animal. De l’autre, les éleveurs voient se multiplier les attaques de leurs troupeaux et appellent les pouvoirs publics à agir avec fermeté. Les plans Loup s’enchaînent, sans régler le problème. Le dernier plan en date, présenté le 28 mai 2019, facilite les tirs, augmente le nombre de loups qu’il est licite de tuer et renforce les dispositifs de protection des troupeaux. Cette énième tentative ne satisfait ni les éleveurs ni les défenseurs des loups.

 Pour protéger son troupeau, il est primordial de connaître l’individu qui est en face de soi

Boris Nordmann est artiste-chercheur. Il travaille sur les conflits entre les loups et les éleveurs depuis mars 2017 dans la montagne limousine, où, comme ailleurs, « le prédateur pose problème », dit-il. Il recherche des solutions d’« apaisement ». En s’appuyant les représentations sociales et mythiques du loup, Boris Nordmann expérimente des pistes de médiation, des solutions « diplomatiques », à l’instar de ce que propose le philosophe Baptiste Morizot dans son ouvrage Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (éd. Wildproject).

En janvier 2019, Boris Nordmann a organisé un stage de trois jours, intitulé « Comprendre les loups dans leur relation aux troupeaux », avec l’éthologue Jean Marc Landry, en collaboration avec l’association Quartier rouge à Felletin, dans la Creuse. Ils souhaitaient montrer aux acteurs du pastoralisme que la protection des troupeaux n’est efficace que si la « culture » de chasse des loups auxquels ils ont affaire est connue. En d’autres termes, pour protéger son troupeau, il est primordial de connaître l’individu qui est en face de soi et de faire preuve de « diplomatie ». Pour « connaître » le loup, Boris Nordmann enseigne à un groupe de « testeurs contributeurs » (éleveurs, bergers, naturalistes), dans la Creuse, à se servir de leur corps afin de ressentir le monde à la manière d’un loup ou d’un mouton. Il s’agit ainsi de se mettre à la place de l’autre afin de négocier avec lui, et d’éviter d’avoir à l’abattre.

La mise en place de ces outils diplomatiques ouvre une brèche dans le conflit entre les humains et les loups et donne une perspective de coexistence avec le monde animal en liberté.



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Source et vidéo : Camille Felouzis pour Reporterre

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