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Santé

Des produits toxiques dissimulés dans les cosmétiques

Les cosmétiques contiennent des produits chimiques perfluorés dangereux pour la santé. Voici l’alerte lancée par une vingtaine d’associations à l’occasion de la journée mondiale du rouge à lèvres. Celles-ci appellent les politiques à prendre conscience de cet « enjeu majeur de santé publique et écosystémique ».

Le saviez-vous ? Le 29 juillet marque la journée mondiale du tigre, mais aussi celle... du rouge à lèvres. Le Réseau Environnement Santé (RES) et une vingtaine d’associations, réunies dans le collectif Interassociations pour la santé environnementale, se sont saisies de cette occasion pour alerter, dans un communiqué publié le 27 juillet, sur la présence de perfluorés (PFAS) dans nombre de produits de maquillage commercialisés aux États-Unis et au Canada. Elles en prennent pour preuve une étude du Green Science Policy Institute publiée en juin dans la revue Environmental Science & Technology Letters. Celle-ci met au jour le fait que ces substances per et polyfluoroalkylées — il en existe près de 5 000 — régulièrement qualifiées de « produits chimiques toxiques éternels », ont été retrouvées sur la moitié des 231 rouges à lèvres, mascaras et fonds de teint testés dans le cadre de ce travail. Et ce, sans que leurs étiquettes ne signalent la présence de la plupart de ces PFAS

L’Hexagone n’en est pas exempt : en septembre 2019, Santé publique France publiait une étude consacrée à « l’imprégnation de la population française par les composés perfluorés », rappelant comment, depuis les années 1950, ces substances créées par l’humain sont utilisées dans « de nombreuses applications industrielles et dans les produits de la consommation courante », dont les cosmétiques. Le texte explique que « malgré la réglementation de leur utilisation pour certains de ces composés perfluorés, leur persistance dans l’environnement, leur présence ubiquitaire et leur toxicité suspectée [...] en font des substances à surveiller », l’exposition de la population étant par ailleurs « généralisée par la nourriture, l’eau potable, les produits de consommation, la poussière, le sol et l’air »

« L’exemple du rouge à lèvres nous permettait de montrer à quel point cette famille de perturbateurs endocriniens est présente partout, y compris là où on ne les attend pas, explique à Reporterre André Cicolella, président du RES. Il s’agit d’un problème majeur de santé publique et écosystémique qui nécessite d’être sérieusement pris en charge. »

« Il n’y a pour l’heure pas de volonté politique »

Le rapport de Santé publique France met en effet en exergue des « études épidémiologiques [qui] ont rapporté des effets des PFAS sur l’altération de la fertilité [...], des effets hépatiques par une augmentation du taux de cholestérol, des effets cardiovasculaires par un risque d’exposition d’hypertension et de prééclampsie, des effets endocriniens par une augmentation du risque de maladies thyroïdiennes ». Sans compter les potentiels effets cancérigènes de ces substances qui, une fois dans notre corps et dans l’environnement, y restent stockées plusieurs années. 

André Cicolella, par ailleurs chimiste et toxicologue spécialisé dans les questions de prévention des risques sanitaires et environnementaux, évoque une situation « invraisemblable » : « Nous devons sortir de cette situation absurde et cette vision court-termiste en matière d’impacts sanitaires et environnementaux. Il n’y a pour l’heure pas de volonté politique de s’attaquer à ce problème. On espère que tout cela sera corrigé. » Et de nous renvoyer vers un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui, en 2020, toujours sur l’enjeu de la sécurité sanitaire des cosmétiques, « a fait un constat particulièrement sévère concernant l’action de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) : cette dernière a diminué les moyens alloués à cette question ».

Au niveau européen, les choses semblent bouger légèrement : la Commission européenne a adopté en octobre dernier une stratégie de l’Union européenne (UE) visant à aller progressivement « vers un environnement exempt de substances toxiques ». Celle-ci prévoit la suppression progressive dans l’UE de l’utilisation de certains produits chimiques, parmi lesquels les PFAS, « sauf s’il est prouvé que leur utilisation est essentielle pour la société ». « C’est une bonne chose d’afficher cette volonté, je ne vois en effet qu’une seule utilisation essentielle, celle des produits anti-incendie, mais pas sur le long terme, dit André Cicolella. Après, il faut voir comment on atteint cet objectif, et il ne peut pas l’être uniquement par voie réglementaire. L’ensemble de la société doit être mobilisée. »

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