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Contre l’accaparement des terres, des paysans ont occupé l’entreprise Arkolia

19 juin 2019



Il était 10 h ce mercredi 19 juin quand une quarantaine de personnes ont fait irruption dans le hall d’entrée de l’entreprise Arkolia, dans la zone artisanale de Mudaison, non loin de Montpellier (Hérault). Drapeaux jaunes et T-shirts estampillés « Confédération paysanne », ces militantes et militants se sont alors installés dans l’entrée, sous le regard interloqué des salariés d’Arkolia. La société porte un projet de mégacentrale photovoltaïque sur le plateau voisin du Larzac.

« Solarzac », c’est le nom marketing de la centrale solaire, actuellement en phase de concertation : 29.990 tables photovoltaïques implantées sur 400 hectares, pour une puissance de 320 MW supposée capable d’approvisionner en électricité l’équivalent d’une ville de 210.000 habitants. Reporterre avait raconté la forte contestation que suscite ce projet localement.

« Les terres agricoles doivent être des terres nourricières, qui rémunèrent les paysans, et non pas des zones de production d’énergie », a dénoncé Nicolas Girod dans les locaux d’Arkolia. Le porte-parole national de la Confédération paysanne, par ailleurs éleveur dans le Jura, a fait le déplacement afin de « nationaliser » la bagarre engagée localement : « Des projets d’énergie, photovoltaïques ou éoliens, émergent de partout, faisant concurrence à la production agricole, a-t-il précisé à Reporterre. Si on ne dit pas stop maintenant, les paysans vont peu à peu se faire virer de leurs terres. Il s’agit d’artificialisation des sols, de la même manière que quand on construit une zone commerciale. » Et de conclure : « Ils viennent occuper les terres agricoles sur le Larzac, où nous, paysans, travaillons, alors nous venons à Arkolia occuper leur lieu de travail. »

Dans les locaux d’Arkolia justement, des dirigeants de la société sont rapidement descendus à la rencontre des militants. « Nous n’acceptons pas que cela se passe comme ça, il y a un débat public en cours, c’est là-bas que ça doit se passer », a indiqué Jean-Sébastien Bessière, directeur général. Une concertation préalable, sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), est en effet ouverte jusqu’à fin juillet. Une réunion avait d’ailleurs lieu dans ce cadre ce mercredi 19 juin sur le Larzac.

Pour Guy Degreef, entrepreneur en énergies renouvelables et opposant au projet Solarzac, « la CNDP permet surtout de valoriser le projet, de l’emballer ». « Ce projet, au vu des menaces sur la biodiversité et les terres agricoles, n’aurait simplement pas dû voir le jour. »

Antoine Jacob, directeur du développement chez Arkolia, visiblement intéressé pour débattre avec les confédérés, a fait valoir que « les agriculteurs pouvaient être des partenaires de la transition énergétique » et qu’Arkolia « n’était pas responsable de la disparition des terres agricoles ». Une vision qu’a repoussée Nicolas Girod : « La multiplication des projets énergétiques sur des terres agricoles vise, in fine, à faire accepter par tous que l’agriculture ne peut pas être rentable seule, et que le seul moyen de la rendre viable économiquement, c’est de transformer les paysans en producteurs d’énergie, a-t-il souligné. Nous ne voulons pas que la production alimentaire devienne un sous-produit de l’activité agricole, nous voulons vivre de notre métier, et cela passe par la garantie d’un revenu paysan. »

Nicolas Girod et Antoine Jacob.

Après une heure d’occupation, les salariés d’Arkolia ont quitté les locaux, qui ont ensuite été fermés. Quant aux militants et syndiqués de la Confédération paysanne, ils ont quitté tranquillement les lieux vers 11 h 30, sous bonne escorte policière.






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