Hortense Chauvin"/>
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Animaux

Climat : pour survivre, les libellules devront séduire autrement

Des ailes foncées pour séduire les femelles... Mais ces taches sombres réchauffent leur corps quand le climat se réchauffe. Les libellules mâles sont face à un dilemme. Comment ces insectes « incroyables » s’adapteront-ils à la crise climatique ? Une équipe scientifique s’est penchée sur la question.

Arborer des ailes ornées de riches taches foncées, voilà la recette appliquée par les libellules mâles pour attirer les femelles et intimider les rivaux. Mais cette pigmentation sombre, à l’ère du réchauffement climatique, peut s’avérer fatale : quand il fait trop chaud, elle peut augmenter la température corporelle des insectes de plus de 2 °C, ce qui réduit la combativité des mâles, endommage leurs tissus corporels, voire entraîne leur mort. Des scientifiques se sont penchés sur ce casse-tête : l’étude parue le 13 juillet dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences montre que les taches ont tendance à rétrécir lorsque la température augmente. Celles-ci étant essentielles à leur reproduction, les auteurs s’inquiètent des conséquences à long terme pour l’espèce.

Les biologistes s’intéressent depuis longtemps à la manière dont les plantes et les animaux modifient leurs traits afin de s’adapter à un climat donné. On connaît cependant encore peu de choses sur la manière dont ils optimisent leurs caractères reproductifs — donnée pourtant d’importance lorsqu’on s’intéresse à la survie des espèces. Afin de mieux comprendre cette question, l’équipe de chercheurs a utilisé une base de données de plus de trois cents espèces de libellules vivant en différents endroits d’Amérique du Nord, et analysé plusieurs milliers de photos postées sur la plateforme de science citoyenne INaturalist. L’idée était de comprendre comment les libellules, au cours de la longue histoire de leur évolution, se sont adaptées au climat de leurs lieux de vie.

Les ailes de deux mâles adultes : peu de mélanisation (a) / plus de mélanisation (b). Journal of Evolutionary Biology

« Que l’on compare les individus d’une même espèce ou de plusieurs espèces différentes, nos résultats montrent que les libellules mâles s’adaptent de manière similaire aux climats chauds : elles ont tendance à perdre leur pigmentation foncée », explique à Reporterre Michael P. Moore, chercheur à l’université Washington de Saint-Louis et co-auteur de cette étude.

La température semble en revanche n’avoir aucun effet sur la couleur des ailes des femelles. Une des explications possibles est la différence d’habitats. Les mâles ont en effet tendance à rester davantage à découvert afin de défendre leurs territoires, tandis que les femelles passent plus de temps en forêt ou dans les prés, à l’ombre, pour se nourrir et produire des œufs.

Les femelles ajusteront-elles à temps leurs préférences sexuelles ?

Ainsi, c’est prouvé : lors des derniers millions d’années d’évolution, les libellules vivant dans des endroits chauds étaient plus pâles que leurs comparses plus au frais. Un phénomène au long cours. Comment vont-elles s’adapter à la rapidité du changement climatique ? Les projections des chercheurs montrent que leur pigmentation devrait globalement diminuer d’ici 2070. Dans cinquante ans, les ailes des libellules mâles qui voletteront encore aux abords des mares devraient donc être bien moins foncées qu’aujourd’hui.

Ce changement peut sembler anodin ; il pourrait pourtant compromettre la survie de l’espèce. « Nos recherches suggèrent que les libellules vont devoir s’adapter bien plus vite qu’elles ne l’ont fait dans le passé », s’inquiète Michael P. Moore. L’équipe de chercheurs ignore notamment à quel rythme les femelles pourront ajuster leurs préférences sexuelles. « Il est possible qu’à l’avenir, elles privilégient les mâles aux ailes moins colorées, auquel cas la reproduction ne serait pas perturbée. Mais d’autres études ont montré que les femelles n’étaient souvent pas capables de changer leurs préférences sexuelles assez rapidement, et pouvaient choisir des mâles peu adaptés à l’environnement dans lequel elles vivent, voire des mâles d’autres espèces. »

« Les libellules adultes sont les prédateurs de nombreux insectes que nous n’aimons pas, comme les moustiques. » Hippopx/CC

Ces bouleversements reproductifs pourraient être non seulement dommageables aux libellules, dont la population diminuerait, mais également aux écosystèmes dont elles font partie. « Les libellules adultes sont les prédateurs de nombreux insectes que nous n’aimons pas, comme les moustiques », souligne Michael P. Moore. Au stade juvénile, poursuit le chercheur, les libellules sont souvent les principaux prédateurs des mares, lacs et ruisseaux dépourvus de poissons où elles vivent. Elles contribuent ainsi de manière cruciale à leur équilibre. Si elles venaient à disparaître, ces écosystèmes pourraient « s’effondrer » à grande échelle.

Les libellules, insiste le chercheur, sont des organismes « incroyables » : « Elles existent depuis des centaines de millions d’années et ont survécu à tout un tas de catastrophes, des impacts d’astéroïdes aux éruptions volcaniques en passant par l’apparition des oiseaux », raconte-t-il. Le fait que leur survie puisse désormais être compromise par les activités humaines est donc selon lui « effrayant ». « Si les libellules ne peuvent perdurer à cause de que nous faisons à la Terre après avoir survécu à tous ces évènements, cela n’augure rien de bon pour les autres organismes. »

C’est maintenant que tout se joue…

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