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Climat, démocratie, Gilets jaunes, Greta Thunberg… voici l’édito des lectrices et lecteurs

27 février 2019 / Les lectrices et lecteurs de Reporterre



Voici une sélection des nombreux courriels que nous recevons tous les jours. Réactions à des articles, coups de cœur, coups de gueule, témoignages, poèmes… cette tribune régulière vous est ouverte. Merci de nous lire et de réagir !

Si vous souhaitez participer au courrier des lecteurs, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à planete (arobase) reporterre.net, en spécifiant [courrier des lecteurs] dans l’objet. À bientôt !


Lors d’un débat-citoyen auquel il s’est invité jeudi dans la Drôme, Emmanuel Macron est revenu sur son engagement de sortir du glyphosate dans les trois ans. Mitterrand et Hollande publiaient leur bulletin de santé. Ma proposition : exiger que Macron publie régulièrement son taux de glyphosate dans ses urines. Ainsi que tout son gouvernement.
Régis

Reporterre – L’appel est lancé ! D’ici là, pour en savoir plus sur ce mouvement des « pisseurs involontaires de glyphosate », vous pouvez lire notre reportage sur le sujet, paru en novembre.


Claire Nouvian : « Il faut prendre le pouvoir pour le réinventer »

Dans son entretien, Claire Nouvian affirme, parlant des partis politiques « Les partis les moins démocratiques sont La République en marche (LREM) et la France insoumise (FI) ». Ne s’agit-il pas d’une affirmation péremptoire ? La France insoumise a organisé des consultations et des votes des adhérents à grande échelle, des tirages au sort pour ses grandes assemblées, elle a fait attention à respecter la parité et à employer toutes méthodes ayant à cœur de respecter la démocratie. Sans oublier le programme ambitieux de la FI en matière d’écologie.
Jacqueline


Gilets jaunes : créons des rhizomes !

Un chef ! Un porte-parole ! Beaucoup souhaiteraient que des Gilets jaunes, mouvement de protestation organique né d’une juste colère, sorte un leader qui pourrait en clarifier l’idéologie. Le mot d’ordre est donné. Gilles Deleuze est un philosophe français du XXe siècle. Il a notamment créé le concept de rhizome. En botanique, le rhizome désigne la touffe de racines des plantes vivaces. Le rhizome croît et s’allonge horizontalement et de façon souterraine. Il nourrit et fait pousser hors du sol des bourgeons, des feuilles ou des rameaux. Le gingembre pousse en rhizome, les fraises et les iris aussi…

Gilles Deleuze se sert de cette structure végétale horizontale dont le centre est partout pour décrire une forme sociale nouvelle. Ce rhizome s’oppose à la verticalité des sociétés de contrôle ou à la forme pyramidale et hiérarchisée des organisations sociopolitiques ou industrielles. Dans le rhizome qui est réseau, il n’y a ni début ni fin, ni haut ni bas. Il se développe par une de ses extrémités tandis qu’il se détruit par une autre. Dans le libre jeu des parties du système, chaque élément du rhizome peut influencer les autres éléments, si bien que le rhizome ne cesse d’évoluer librement.

Gilles Deleuze est mort en 1995, au moment même où Internet — qui est lui aussi à l’origine un rhizome informatique — se développait. Depuis plusieurs semaines, les Gilets jaunes font de la politique dans le sens originel, où ils s’occupent de la vie de la Cité. Le rhizome populaire remonte une nouvelle fois à la surface et c’est encore l’horizontalité de la société contre la verticale du pouvoir. Celui-ci et tous les autres défenseurs des modèles arborescents ou pyramidaux se bornent à dire que le mouvement des Gilets jaunes est sans structure. Ils ne savent peut-être pas encore que les Gilets jaunes sont un rhizome d’où commencent déjà à pousser des bourgeons, des feuilles et des rameaux…
Alors, Gilles est jaune ?
Florent


Écriture inclusive : dessert-elle le propos ?

Je suis retraité, mon épouse est enseignante, et nous avons une fille collégienne. L’écriture inclusive nous « sort par les yeux », elle rend impossible la réflexion, la compréhension fine des articles, des pétitions, etc. Par quelle méthode perverse le monde enseignant, le monde des médias, certains blogs politiques se sont-ils laissés infiltrer par cette écriture inutile, « innovante », « novatrice », « moderne » ? Comment convaincre le plus grand nombre de nos idées, si elles sont illisibles ?
Yves

Reporterre — Nous discutons régulièrement au sein de la rédaction de l’écriture inclusive et de la prise en compte des différents genres dans nos textes. Notre ligne, qui peut encore évoluer, est de respecter l’écriture inclusive dans la féminisation des noms de fonction et de métier (autrice ou auteure ; professeure et chercheuse). Nous pratiquons parfois aussi l’accord de proximité — par exemple « ces hommes et ces femmes sont lectrices de Reporterre » — et plus rarement, un accord de majorité — « trois hommes et cinq femmes sont venues dans nos bureaux ».
 C’est au sujet du point médian (les candidat·e·s) que la question se pose de la façon la plus aigüe, notamment du fait des implications d’édition qu’il entraîne. À son sujet, nous appliquons pour le moment la règle suivante : nous ne rectifions pas les tribunes qui nous parviennent avec le point médian.


Un simple « merci » pour votre reportage sur les Secouristes volontaires durant les manifestations. Il faut vraiment mettre ces gens en avant, car leur état d’esprit d’une grande pureté pourrait faire partie de la solution à ce conflit.
A. Michel


Climat, démocratie et Gilets jaunes

Quand il est écrit « les éditorialistes des médias dominés par leurs propriétaires milliardaires répètent en boucle ce mantra, qui leur permet d’accuser toute critique vigoureuse de la domination capitaliste d’atteinte à la République », j’ai toujours un peu de mal avec ces grandes catégories floues : les riches, les médias, les oligarques… Je pense que la démonstration serait plus efficace si l’on nommait, rapprochait des exemples concrets, des propos précis.

Marianne est possédé par M. Kretinsky et Natacha Polony n’exprime-t-elle pas une analyse critique de la domination capitaliste, Marianne ne pose-t-il pas la question sociale et démocratique en analysant le mouvement des Gilets jaunes ? Le Monde n’a-t-il pas travaillé sur les Paradise Papers ? Les éditos de Libé sont-ils les mêmes que ceux de Valeurs actuelles ? D’ailleurs, cela n’empêche pas Reporterre d’avoir recours à ces médias comme sources : dans l’article du 5 décembre sur l’escalade des violences policières, sont cités L’Express, Le Parisien, Le Huffington Post, France soir, Libération. Ce qui fait une belle ribambelle de médias possédés par des oligarques !
Benoît

Reporterre — La diversité des médias de l’oligarchie n’implique pas l’uniformité, mais admet une certaine variation autour de thèmes partagés, en l’occurrence l’approbation du système capitaliste actuel. Sans cette diversité, on ne serait plus en oligarchie, mais en dictature, ce qui n’est pas la même chose. Les médias que vous citez peuvent faire occasionnellement œuvre très utile, mais leur ligne directrice n’est pas fondamentalement critique de l’ordre établi.


Le fabuleux et tragique destin du saumon sauvage

Non, la survie du saumon de l’Allier n’est pas conditionnée par la réussite du repeuplement. Défendre le saumon ne peut se résumer à un credo absurde qui consiste à se dire que s’il n’y en a plus, il n’y a qu’à en mettre, pourvu qu’ensuite, on puisse rouvrir la pêche. C’est en agissant avec force sur le milieu, sur la pollution et sur la continuité écologique qu’on arrive à des résultats, que ce soit en France (Orne, Vire, Gave de Pau) ou à l’étranger (Wye, Tyne). Outre la gabegie financière, le repeuplement n’est qu’un alibi pour ne rien faire de constructif, raison pour laquelle il commence à être abandonné un peu partout, dans l’océan Atlantique comme dans le Pacifique. Il s’agit d’une gageure en plus de représenter un danger direct pour les populations sauvages.
Raphaël Amat, secrétaire de l’Association nationale de protection des eaux et rivières


La nature de l’homme : faire la guerre à la nature

Pourquoi colporter des idées aussi stupides et masochistes que « la nature de l’homme, c’est de faire la guerre à la nature » ? En arriver à confondre les valeurs de conquêtes et de pouvoir mises en avant par une forme de société, historiquement datée et géographiquement localisée, avec des valeurs universelles n’est qu’un piège intellectuel. Deux enseignements universitaires, il y a quelques années, m’ont ouvert les yeux. Le premier fut un cours de préhistoire, et le second d’ethnologie. Oui, il y a eu dans l’histoire humaine non pas une, mais des milliers de formes de sociétés paisibles, vivant en harmonie et en paix avec leur environnement. Avec des valeurs totalement différentes des nôtres, notamment dans notre rapport à la « nature », justement.

Fondamentalement, l’être humain a un cœur, avec une éthique et des valeurs. Valeurs qui sont piétinées par le système dans lequel nous vivons, qui nous oblige — avec son obsession de l’accumulation — à « avaler des couleuvres » toute notre vie.

Donc, dire que toutes les sociétés humaines ont toujours vécu de cette façon relève juste d’une forme d’ignorance. Cela ne fait que renforcer la brutalité du système sous le joug duquel nous vivons, en faisant passer cette brutalité et cette mentalité d’exploiteur pour un système de pensée intrinsèque à l’être humain. Ce ne sont que les derniers soubresauts d’une forme de société qui se meurt, et qui cherche à rabaisser, discréditer, salir toute forme de société qui serait différente d’elle.
Olivier

Reporterre – Merci pour cette invitation à la réflexion ! Juste une précision, l’article auquel vous faites référence est un compte-rendu de lecture, une recension du livre Cataclysmes, de Laurent Testot. Dans son ouvrage, l’auteur souligne d’ailleurs que l’être humain n’est pas fait d’une seule pâte. Il est également capable d’empathie, de compassion, et ce trait spécifique « nous permet d’opérer des miracles de coopération au point de briser les limites naturelles auxquelles le reste du vivant est soumis ».


Corinne Morel Darleux : « Maintenant, il faut tout donner, tout tenter pour inverser le cours des choses »

Nous pouvons être de droite et complètement concernés et actifs en ce qui concerne l’écologie. Nous en avons assez de voir que ceux qui sont de gauche s’approprient l’écologie et nous empêchent ainsi de nous investir davantage. Nous ne voterons jamais pour un parti écologiste de gauche… et nous sommes des milliers et des milliers dans ce cas. Nous pouvons voir les bilans des Gilets jaunes et le mal qu’ils ont fait. Personnellement, je ne cautionnerai jamais une telle cause. Désorganisation, menaces de mort, violence, casse. N’est-il donc pas possible de créer un mouvement qui soit écologiste ? C’est consternant de rejeter ainsi des milliers de personnes motivées. Nous recherchons des idées, des astuces écologiques, des réflexions sur l’organisation de la vie de famille compatible avec la survie. Comme Jacques Attali, je pense qu’il devrait y avoir un parti écologique hors clivage gauche-droite. J’ai beaucoup lu plusieurs de vos sujets et les trouvais très intéressants. Ne pourriez-vous rester apolitiques ?
Anne

Reporterre- Nous considérons en effet que la crise écologique que nous traversons et qui met en péril l’humanité trouve ses sources dans le modèle capitaliste et néolibéral, un système qui s’appuie sur la surexploitation des ressources naturelles (notamment des énergies fossiles) et des êtres humains. Nous constatons également que les principaux pollueurs sont aujourd’hui les plus riches — au niveau mondial comme au niveau national — et que la question environnementale est donc indissociable de la justice sociale : c’est ce que certains appellent la justice climatique.

Nous ne sommes donc pas apolitiques — mais aucun journal, ni radio, ni télévision ne l’est, chacun porte un regard sur le monde —, ce qui ne nous empêche pas de traiter l’information de façon honnête, et de donner la parole à toutes les parties prenantes. C’est pourquoi nous avions donné en 2016 la parole à Nathalie Kosciusko-Morizet. Il nous semble également important de donner la parole à des personnes portant un regard et un discours souvent peu entendus dans d’autres médias : la pensée libérale et capitaliste a déjà de multiples porte-voix. Nous cherchons à rendre visibles des luttes et des paroles « hétérodoxes », alternatives, même si elles peuvent nous déranger. Et nous refusons de porter la voix et les idées de l’extrême droite.

Cela étant dit, quelle que soit notre pensée politique, nous pouvons chacun et chacune agir pour la planète, en commençant là où nous mènent nos convictions. Et vous pouvez apprécier certains de nos articles et tribunes, et ne pas en aimer d’autres… nous ne sommes nous-mêmes au sein de l’équipe pas toujours d’accord ! Vive le débat !


Gilets jaunes, Stylos rouges, ne lâchons rien !

Peut-être certains d’entre vous se reconnaîtront dans ce témoignage d’une banale maman de trois enfants, pacsée, prof des écoles, en onzième année de Gilet jaune et en deuxième année de Stylo rouge. Peu politisée, je regardais beaucoup la télé.

Enseignant en zones « prioritaires », j’ai un jour pu suivre une formation de gestion des conflits. J’ai découvert que le conflit fait partie de la vie. Fuir, aller vers l’escalade de la violence ou améliorer la situation est un choix. J’ai pris aussi conscience de ma responsabilité en tant que citoyenne : pour que la démocratie fonctionne, chacun doit s’engager.

J’ai pris « mon gilet jaune » : j’ai milité (et regardé beaucoup moins la télé). Dans l’espace public souvent, lors de réunions, de forums, de projections-débats, de pique-nique, de festivals aussi… J’ai alors découvert que se retrouver à plusieurs avec un même but, coopérer, rire, créer ensemble, répond à un réel besoin. Se poser des questions, essayer de comprendre comment notre système s’articule, rencontrer des gens passionnants, débattre avec d’autres pas forcément d’accord : on se sent vivant.

Tout n’a pas toujours été très simple. Sur le plan personnel, pas toujours facile de trouver l’indispensable équilibre entre vie de famille, boulot, vie militante, loisirs.

Et sur le plan organisationnel aussi : on voulait rester en collectif informel. Mais sans statuts, on se privait de plein de droits : accès aux salles municipales pour se réunir, possibilité d’avoir un compte en banque… Et surtout cela nous empêchait de contester les décisions devant la justice. Alors on a rédigé des statuts, les plus simples et égalitaires possible. On s’est également fait traiter de noms d’oiseaux par les élus décideurs des projets que nous dénoncions, par leurs amis (mais on a aussi rencontré des élus courageux qui nous ont soutenus). Lors d’une manifestation bon enfant, tout a failli partir en cacahuète avec des gardiens de la paix pas très apaisants et des manifestants pas très apaisés… Et parfois entre nous, de vifs débats ont eu lieu sur les modes d’action. Mais le collectif a tenu bon.

On a eu énormément de chance : on a gagné ces combats ! (le premier pour le retour en régie municipale de la gestion de l’eau, le second pour sauver une zone humide de l’implantation d’une zone commerciale). Les ingrédients étaient les mêmes : convivialité, entraide, horizontalité, coopération, ouverture aux autres, audace, détermination, humour et il faut l’avouer beaucoup beaucoup de chance… Et du temps : quatre ans pour la première lutte, six ans pour la deuxième. Mais ce n’est pas fini : la nouvelle « métropole » menace de donner la distribution de l’eau au privé et si notre zone humide a bien été préservée, d’autres terres ont été englouties pour agrandir d’autres zones commerciales…

Puis en 2017, il a fallu choisir entre Le Pen et Macron. Qu’allaient devenir mon métier, et l’école publique déjà bien abîmée ? Alors je suis devenue Stylo rouge. Je me suis engagée syndicalement (et je ne regarde plus jamais la télé). Les défis sociaux et climatiques sont immenses, c’est pour ça qu’on a besoin de vous. Gilets jaunes, Stylos rouges, WELCOME ! Dans la durée, ne lâchons rien.
Sophie


Bons baisers du Kazakhstan

Almaty, principale ville du Kazakhstan et ancienne capitale du pays, est confrontée à de graves problèmes de pollution de l’air, notamment par les particules fines. La situation est identique pour la capitale kirghize voisine de 250 kilomètres, Bichkek.

La production d’eau chaude collective d’Almaty ainsi que le chauffage sont assurés par une centrale à charbon extrêmement polluante (1 million de tonnes de particules générées par an). La situation géographique de la ville, enclavée au centre de la chaîne de montagnes de Trans-Ili Altaou, avec des sommets à 5.000 mètres d’altitude, ne favorise pas l’évacuation de cette pollution. La pollution aux particules fines est extrêmement élevée, et les pouvoirs publics ne réagissent pas ou peu à ce problème fondamental pour la santé des citoyens. Selon l’OMS pour les particules inférieures à 2,5 microns, le maximum tolérable en microgrammes/m3 est de 25, certaines mesures effectuées le 8 décembre 2018 montrent des valeurs à 440, plus de 17 fois supérieures aux normes.

Le pays est producteur de nombreuses sources d’énergie fossiles, notamment le charbon, et les intérêts liés à sa vente ainsi qu’à son utilisation ont probablement un rôle dans la lenteur ou l’absence de conversion vers une autre source d’énergie comme le gaz. Dans la mine de charbon de Ekibastuz, dans le nord du Kazakhstan, 20 millions de tonnes sont extraites par an ; cette mine est le fournisseur exclusif de la centrale d’Almaty.

Une plainte contre le gouvernement de la ville a été déposée le 28 novembre 2018 par un avocat local. Espérons qu’une prise de conscience collective favorisera la substitution rapide du gaz au charbon.

Ronan


Lettre à Greta Thunberg

Chère Greta,

Comme toi, cette année, j’ai assisté à ma première COP. Comme toi, j’ai assisté, impuissante à une mascarade d’un cynisme sans bornes. Tu étais la star de cette COP, une sorte de mascotte, chacun y allait de son selfie. Nous nous sommes croisées, mais je ne t’ai pas approchée. De toute façon, que t’aurais-je dit à part te présenter de plates excuses pour la vacuité des déclarations prononcées, pour la propagande grossière de la Pologne qui présidait cette Conférence des parties, pour l’absence des chefs d’État, pour la reconnaissance si timide du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat Giec ?

Ils savent pourtant que les engagements pris à Paris ne seront pas suffisants et nous mèneront au-delà d’une hausse de 3 °C. Ils savent que cela implique un monde de chaos, de famines, de guerres et de migrations massives, eux qui n’arrivent déjà pas à gérer la « crise » migratoire actuelle. Pourtant, ces parties s’étaient mises d’accord il y a trois ans. Aujourd’hui, seules les îles Fidji et Marshall ont revu leurs engagements sur le climat à la hausse. Cette COP semble n’avoir servi à rien, le faible accord de mise en œuvre qui en découle ne permettra pas de t’assurer un avenir paisible.

Tu étais là, pourtant, et tu n’étais pas seule, de nombreuses délégations d’enfants, d’étudiants étaient présentes. Les représentants des États ont tous salué votre courage, votre engagement, comme si l’avenir du monde devait reposer sur vos épaules d’enfants. Comment peuvent-ils se décharger ainsi sur vous, bafouant aussi grossièrement vos droits d’aller à l’école, de jouer, d’être secourus et protégés, car il s’agit bien de ça aujourd’hui, préserver votre droit à l’insouciance.

Greta, à 16 ans, tu portes le poids de la survie de l’humanité sur tes épaules et c’est intolérable. Tu es à peine plus vieille que mes propres enfants pour qui j’aspire à un monde vivable. Il faut pourtant rester optimistes et mobilisés, car il est trop tard pour baisser les bras et que nous sommes la dernière génération à pouvoir agir. Il reste si peu de temps, douze ans, c’est moins que ton âge. Pourtant l’espoir subsiste.

Pendant cette COP, j’ai aussi vu des gens qui se battent quotidiennement pour préserver ton futur, en manifestant dans les rues de Katowice et du monde entier, j’ai entendu des Brésiliens assurer qu’ils tiendront bon face à Bolsonaro et aussi Al Gore nous dire que l’être humain porte en lui la volonté politique d’engager de profonds changements. Greta, j’aimerais pouvoir te dire : « Ne t’inquiète pas, retourne au lycée, retrouve ton insouciance, le climat, on s’en occupe pour toi ! »
Marie Emery-Leleu






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Source : Courriels à Reporterre

- Dans le courrier des lecteurs, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Red !/Reporterre

Photos :
. Nouvian, Morel Darleux : © Mathieu Génon/Reporterre
. secouristes : © Alain Pitton/Reporterre
. Gilets jaunes : © Hervé Kempf/Reporterre
. coupe rase : Pxhere (CC0)
. Greta Thunberg : © Sadak Souici/Reporterre