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Climat : de la prise de conscience à la conscience politique

18 septembre 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)



Depuis un an, le mouvement climatique a pris une ampleur jamais vue auparavant. Et les huit jours à venir vont marquer une nouvelle étape. Avec l’énergie de l’action vient aussi la conscience politique : la crise climatique a ses responsables, et ne se résoudra pas sans conflit.

Grèves pour le climat, marches partout dans le monde, Assemblée générale des Nations unies sur le réchauffement, rapport du Giec sur les océans… À partir du 20 septembre, des événements majeurs marquent la mobilisation pour lutter contre le changement climatique. Un moment essentiel, que Reporterre a décidé d’accompagner par une série d’articles de fond, sous le sigle « Huit jours pour le climat ».


Un tournant a été pris depuis septembre 2018 en matière de mobilisation contre le réchauffement climatique, au moins en France et dans une large partie de l’Europe. Pour la première fois à cette échelle, à partir de septembre 2018, des marches pour le climat ont réuni des dizaines de milliers de personnes, des jeunes lycéens et collégiens ont commencé des « grèves pour le climat » dans la foulée de la jeune suédoise Greta Thunberg, alors que le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) publiait un nouveau rapport des plus alarmants. Deux millions de personnes signaient en France « l’affaire du siècle », lançant un recours contre l’État pour « inaction climatique », tandis que les actes de désobéissance civile se multipliaient, telle la série des décrochages de portraits de M. Macron.

Au même moment, le mouvement des Gilets jaunes, né d’une interrogation sur une mesure relative à l’écologie, ébranlait la scène politique française, amorçant une convergence avec le mouvement écologique classique. En Angleterre, le mouvement Extinction Rebellion surgissait, bloquant le centre de Londres plusieurs jours, et proclamant une radicalisation des actions pour le climat qui se propage dans de nombreux pays, dont la France.

Une effervescence est née qui, gageons-le, ne s’arrêtera pas. Car une nouvelle génération arrive à une maturité nouvelle, découvrant avec saisissement la gravité de la crise climatique et de ses conséquences envisageables, découvrant aussi l’apathie et l’inertie d’un système économique et politique qui continue, obsédé par la croissance et rongé par les inégalités, à détruire l’équilibre de la biosphère.

Huit jours pour le climat

Les jours qui viennent vont donner un nouveau coup d’accélérateur à cette mobilisation : vendredi 20 septembre, des grèves pour le climat auront lieu internationalement, avec le soutien de nombreux syndicats de travailleurs ; samedi, une grande marche pour le climat aura lieu en France, en même temps que les Gilets jaunes reviendront dans la rue ; lundi 23, l’Assemblée générale des Nations unies sera consacrée au climat ; mercredi 25, le Giec adoptera un nouveau rapport sur les océans, les banquises et les glaciers. La séquence est si intense que Reporterre a décidé de l’accompagner par une série d’articles de fond, dès aujourd’hui, sous le sigle « Huit jours pour le climat ». Mais ce ne sera qu’un début : de nouvelles mobilisations sont prévues au niveau international, avec Extinction Rebellion, à partir du 5 octobre. Ce même jour, Reporterre publiera une carte des luttes écologiques en France. Et de nombreuses organisations préparent un feu roulant d’actions pour, enfin, faire bouger un système englué dans les habitudes de destruction.

Consensus... ou conflit ? L’entrée en politique

Mais ces actions, cette énergie croissante, ce sentiment d’urgence, disent qu’il faut aller au-delà de la « prise de conscience ». La question climatique engage l’avenir, elle est fondamentalement une question politique, et même LA question politique des décennies à venir, tant elle se lace avec tous les nœuds qui tordent la société, des inégalités aux migrations, des rapports de domination entre hommes et femmes aux atteintes aux libertés.

L’écologie est en train de sortir de l’unanimisme pour reconnaitre que son propos implique une conflictualité : non, tout le monde n’est pas écologiste, non les financiers, les dirigeants des compagnies pétrolières, les responsables politiques qui ne cessent de promouvoir la croissance économique, les 10 % de riches qui émettent 50 % des gaz à effet de serre… non, ils ne sont pas écologistes. Non seulement, ils ne le sont pas, mais ils sont le problème, voire l’obstacle, par leur comportement, leurs actes, leur recherche inextinguible du profit. Le mouvement climatique dans sa nouvelle jeunesse et enthousiasme, doit reconnaître que la question dans laquelle il s’engage est une querelle, un combat, qui engage un rapport de forces et que oui, il y a des coupables, des responsables de la crise écologique désastreuse dans laquelle nous sommes engagés. En résumé, il faut passer de la prise de conscience à la conscience politique.

Pour inventer d’autres stratégies, d’autres rapports de pouvoir, d’autres relations entre les êtres et les collectifs, d’autres habitudes culturelles... tout est ouvert et à inventer. C’est la bonne nouvelle du moment : la génération climatique doit être politique, mais elle peut ré-inventer la politique. En assumant le conflit, qui est le cœur de la politique. Allons !


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : À Londres, action d’Extinction Rebellion en avril 2019 (© XR/Miriam Hauertmann)

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