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Politique

Chasse, canons à neige, autoroutes : Laurent Wauquiez, le cancre de l’écologie

La région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, présente « l’un des bilans écologiques les plus négatifs de France », assure une association écologiste locale. Les aides destinées à l’éducation à l’environnement ? Supprimées. En revanche, les chasseurs sont chouchoutés, les canons à neige, encouragés, et les projets routiers, subventionnés.

Tous les élus Républicains locaux ne semblent pas avoir reçu le mémo écolo... En effet, depuis début septembre, Les Républicains (LR) déploient un éventail de projets pour occuper le terrain — longtemps délaissé — de l’écologie. Mais Laurent Wauquiez semble en faire peu de cas. En 2017, l’homme à la parka rouge ambitionnait pourtant de « faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la première région durable d’Europe ». Trois ans plus tard, le constat est sans appel. « La région présente l’un des bilans écologiques les plus négatifs de France », assène Éric Feraille, le président de France Nature Environnement (FNE) Auvergne-Rhône-Alpes.

Le militant pose un regard amer sur le mandat de M. Wauquiez : les conventions pluriannuelles entre FNE et la région n’ont pas été renouvelées après l’arrivée du Républicain à sa tête. Les subventions destinées à l’éducation à l’environnement aux écoliers, à l’Atlas des mammifères de Rhône-Alpes et au projet Sentinelles de la nature signalant les braconnages et dépôts sauvages ont été supprimées. Près de cinquante salariés de FNE ont été licenciés à la suite de ces coupes. Les fonds régionaux ont été réorientés en faveur de la Fédération régionale des chasseurs. À charge pour eux de veiller au respect de la biodiversité, à l’éducation à l’environnement et à la préservation et restauration des trames vertes et bleues.

« Il a aussi plombé les projets de parcs naturels régionaux comme celui de la Dombes »

Quant aux projets régionaux, peu ont pris en compte le respect des enjeux environnementaux. En témoigne le projet de l’A45, une autoroute ralliant Lyon à Saint-Étienne à travers des terres agricoles, fortement soutenu par M. Wauquiez et finalement abandonné du fait de la vigueur de l’opposition. Éric Feraille s’offusque :

Il a aussi plombé les projets de parcs naturels régionaux (PNR), comme celui de la Dombes. C’est l’une des plus grandes zones humides de France, qui souffre de la pression de l’agriculture et de l’urbanisation. Le PNR devait la réhabiliter, mais la région a annulé les délibérations. »

En montagne, le financement des canons à neige par la région pose également question. Parade artificielle des stations de ski face au réchauffement climatique, ces appareils sont excessivement gourmands en eau. Pas de quoi décourager Laurent Wauquiez, qui a investi dans un plan neige à quarante-cinq millions d’euros. Cette pratique a pourtant été épinglée dès 2018 par la Cour des comptes, qui critique la pertinence des enneigeuses en basse et moyenne altitude : « Qu’il s’agisse de dispositifs d’enneigement ou de retenues collinaires nécessaires à leur fonctionnement, ces investissements impliquent des financements importants engageant les collectivités sur le long terme alors que l’aléa climatique s’accroît. » Or, comme le soulignent les magistrats : « Face aux défis nés du changement climatique, le maintien d’une activité économique indispensable en zone de montagne passe par la recherche d’un développement équilibré et soutenable. »

Parade artificielle des stations de ski face au réchauffement climatique, ces appareils sont excessivement gourmands en eau.

Dernière marotte du président de région : l’élaboration d’une route nationale aux dépens de l’agriculture et de la biodiversité dans son fief de la Haute-Loire. « La déviation [de 10,7 kilomètres] et ses travaux vont endommager 140 hectares du territoire, riche en biodiversité », estime Jean-Jacques Orfeuvre, vice-président de FNE Haute-Loire. D’autant que leurs effets écologiques sont « sous-estimés » selon l’Autorité environnementale. Les experts du Conseil national de la protection de la nature recensent une centaine d’espèces sur ce territoire, dont certaines protégées, dont l’habitat pourrait être « affecté » par l’artificialisation des sols et la construction de treize ouvrages d’art. Budget total de l’opération ? 263 millions d’euros, dont 89 % pris en charge par la région. [1]

Autant de mesures qui démontrent le gouffre entre la volonté affichée du parti Les Républicains et la réalité des actions des élus. Sollicitée sur le bilan écologique de Laurent Wauquiez, la région Auvergne-Rhône-Alpes n’a pas donné suite à la demande d’entretien de Reporterre.

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