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Aux Rencontres de la photographie d’Arles, les murs séparent, la nature relie

25 juillet 2019 / Michel Bernard (Reporterre)



Les 50e Rencontres de la photographie d’Arles se déroulent jusqu’au 22 septembre 2019. Parmi la cinquantaine d’expositions, Reporterre en présente huit en lien avec des thèmes écologistes.

Pour leur 50e anniversaire, les Rencontres d’Arles (jusqu’au 22 septembre 2019) proposent une cinquantaine d’expositions photographiques, dont de nombreuses sont collectives. Houspillée par des groupes féministes, la direction de la manifestation a annoncé avoir essayé de rééquilibrer cette année la parité. Toutefois, sur 177 photographes que nous avons vus, nous n’avons compté que 63 femmes (35 %).

Comme Reporterre vous l’avait proposé l’an dernier, voici une sélection d’expositions.


Avec Datazone, Philippe Chancel présente un vaste tour du monde des symptômes alarmants du risque d’effondrement de la planète. Cela va du tsunami de Fukushima à la dictature nord-coréenne, en passant par les exclus des quartiers nord de Marseille ou la pollution généralisée à cause du pétrole dans le golfe du Niger. « L’écosystème général de la planète déraille (…) Je suis allé dans des endroits sensibles fixer des images, manière de voir pour moi, de témoigner que je vis, hélas, dans ce monde-là et de lutter contre le romantisme noir qui, trop souvent, montait en moi. »

Philippe Chancel devant une photo d’un glacier de l’Antarctique en train de fondre.
Vue générale de l’exposition « Datazone », de Philippe Chancel.
Un bateau échoué après le tsunami de Fukushima, le 3 mars 2011.

L’exposition collective Les murs du pouvoir (35 photographes) fait un tour complet des murs qui, en Europe, nous séparent. Cela passe par les barbelés de la frontière hongroise à celles de Ceuta, contre les migrants, mais cela concerne aussi les murs qui séparent encore aujourd’hui les Irlandais ou qui, en Europe de l’Est, enferment les Roms dans des ghettos. Malheureusement, il est peu probable de voir prochainement une expo sur les ponts qui nous unissent, tant l’Europe devient une forteresse.

Passage d’une famille syrienne à la frontière hongroise. © Istvan Bielik
Mur de séparation à Belfast entre quartiers catholique et protestant. © Frankie Quinn
Migrants franchissant le grillage de protection de l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc. © Sergi Camera

Lionel Astruc et Erick Bionnier présentent une histoire du café équitable mis en place par Francisco van der Hoff, cofondateur du label Max Havelaar, avec des photos de coopératives de producteurs au Mexique, mais également quelques photos de la filière classique. L’exposition met l’accent sur le mode de vie simple des caféiculteurs en agriculture biologique, qui vivent sans téléphone, ni internet, ni voiture… Le choix du commerce équitable a permis à ces coopératives de développer des assurances pour la santé, la retraite, et d’ouvrir des écoles.

Assemblée générale d’une coopérative de caféiculteurs au Mexique. © Lionel Astruc
Caféiculteur à la retraite, Ildefonso Toledo Gonzales vit en autosuffisance grâce aux multiples végétaux qu’il collecte ou fait pousser dans la forêt. © Lionel Astruc

Meryl McMaster, Canadienne d’origine cree, se met en scène dans la nature, reliant notre conscience écologique d’aujourd’hui avec les traditions amérindiennes de ses ancêtres. En très grand format, on peut la voir par exemple jeter une bouteille à la mer dans les eaux dégelées du Grand Nord.

Meryl McMaster jetant une bouteille à la mer dans les eaux dégelées du Grand Nord. © Meryl McMaster

Shinji Nagabe, Brésilien, interpellé par la corruption du milieu politique, présente une hilarante exposition La République des bananes, où la banane devient une arme aux mains de terroristes qui luttent contre un pouvoir dévoyé.

Contre la République bananière, la banane comme explosif. © Shinji Nagabe

Autre exposition collective, Sur Terre réunit vingt-cinq artistes. Elle est censée présenter des travaux en lien avec l’environnement. C’est un vaste mélange hétéroclite dont seule émerge une vidéo envoutante où l’on voit un personnage qui marche sur la banquise, suivi par un brise-glace.


Mario del Curto a choisi d’installer ses photos dans une friche près de la gare. Humanité végétale, le jardin déployé interroge sur le rôle des jardins comme interface entre l’humain et la nature. Des photos parfois très originales sur des parcs ou des cultures aux couleurs inattendues. Jardins modestes ou jardins spectaculaires, autant de visions différentes de notre rapport aux plantes.

Pommes de terre du Pérou. © Mario del Curto
Jardin à Astana, Kazakhstan, 2015. © Mario del Curto

Emeric Lhuisset, dans Quand les nuages parleront, présente une installation associant photographies, vidéos et cartographie, montrant comment l’État turc essaie d’effacer les Kurdes du territoire.

Reconstitution d’une bataille avec des militaires kurdes. © Emeric Lhuisset

Après s’être questionnée cette année sur la place des femmes, la direction pourrait aussi s’interroger sur ses principaux sponsors : une banque bien connue pour ses investissements dans les énergies fossiles et une marque de voiture. Cette dernière a financé la résidence d’Emeric Lhuisset, mais a imposé un panneau mentionnant qu’elle ne partage pas les idées de l’artiste.






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Lire aussi : Un regard écologiste sur les Rencontres de la photographie d’Arles

Source : Michel Bernard pour Reporterre

Photos : © Anne-Sophie Clémençon sauf mentions contraires dans les légendes.
. chapô : Passage d’une famille syrienne à la frontière hongroise. © Istvan Bielik.

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