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Au camp climat de Bayonne, les militants préparent les actions de la rentrée

29 juillet 2020 / Chloé Rebillard (Reporterre)



C’est une première : cette année, il n’y a pas un mais des Camps climat — une vingtaine à travers la France. Le premier a eu lieu à Bayonne du 20 au 26 juillet. Au programme : conférences, formations aux actions non-violentes et à la désobéissance civile et repas partagés.

Isa, cuisinière du week-end, mène ses troupes à la cuillère en bois dans une maison au bord de fleuve l’Adour. Afin de nourrir une quarantaine de personne matin, midi et soir, elle supervise la coupe de courgettes, d’oignons et de carottes en recrutant des mains désœuvrées entre deux ateliers de formation. Loin des mille participants de l’édition 2019, le camp climat version 2020 est devenu pluriel : ce n’est plus un, mais vingt « Camps climat régionaux » répartis sur tout le territoire français qui auront lieu cette année. Le premier se déroulait du 20 au 26 juillet à Bayonne, en Iparralde (Pays basque nord, côté français) et ouvrait la série de formations militantes organisées par les mouvements ANV-Cop21 et Alternatiba qui s’échelonnera jusqu’à mi-septembre.

Ce format à taille réduite offre un espace de convivialité que les grands formats nationaux des années précédentes avaient un peu perdu. Jon Palais, un des porte-parole d’Alternatiba et d’ANV-Cop 21, est venu assister à cette première session. « Si on avait continué à réunir mille participants, on aurait commencé à perdre en qualité », assure-t-il. Décentraliser le camp climat ? L’idée était déjà lancée et devait aboutir à l’horizon 2021, mais la crise sanitaire a bousculé le calendrier et avancé d’un an le projet. Car il n’était pas question de renoncer à ce moment de rencontre qui se tient chaque été depuis 2016. Emmanuelle Tosini, militante à l’association environnementale basque Bizi !, détaille : « Il était primordial d’organiser le Camp climat. La crise sanitaire a montré l’urgence climatique et la nécessité de continuer à développer des alternatives. » La pandémie a certes chamboulé le programme, mais Jon Palais a pris cette contrainte comme un « test de résilience » même s’il regrette l’absence « d’un moment fédérateur où l’on sent qu’on fait partie de quelque chose en commun ».

Le premier se déroulait fin juillet au Pays basque nord, côté français.

Durant ces six jours bayonnais, environ 150 participants ont assisté à des conférences, des ateliers ou des formations organisées par l’association Bizi !, relais local d’Alternatiba, autour des questions climatiques, de logements, des stratégies de lutte à mettre en place, notamment au niveau local... Une conférence se tenait chaque soir de la semaine sur une place publique de Bayonne ; le weekend était consacré à des formations et des repas partagés, dans une ferme locale située dans un quartier résidentiel en-dehors du centre-ville. Léa est venue d’Ustaritz assister à la conférence du vendredi, et à la formation à l’action non-violente du samedi. Elle confie : « J’ai adoré être en petit comité, cela change des gros camps et j’ai trouvé les formations très riches. »

« J’ai été impressionnée par la finesse du discours, par exemple sur les questions énergétiques »

Dans la cour en gravier, les pneus des vélos crissent au rythme des arrivées et des départs. Beaucoup se connaissent et se saluent, le réseau militant habituel a fait le déplacement. Cependant, certaines têtes sont nouvelles. « On a beaucoup de nouvelles personnes qui découvrent Bizi ! se réjouit Emmanuelle Tosini. On a réussi à toucher un nouveau public. Certains voyaient ce qui se passait de l’extérieur et sont venus pousser la porte. » Noémie Caplet est de ceux-là, bayonnaise déjà impliquée dans les questions environnementales, elle suivait Bizi ! sur les réseaux sociaux sans avoir jamais franchi le pas de la rencontre. Après ce Camp climat, elle affirme que son adhésion « ne saurait tarder » : « J’ai été impressionnée par la finesse du discours, par exemple sur les questions énergétiques. De l’extérieur je voyais ce milieu avec des idées plus tranchées et moins contextualisées. » Conquise, elle a aussi participé aux formations du weekend autour des techniques d’actions non-violentes : « Cela a certifié le fait que les méthodes d’actions non-violentes et de désobéissance civile me parlent et que je pourrais en faire. » Sur les places publiques, des spectateurs improvisés se sont arrêtés pour assister aux conférences. Emmanuelle Tosini a le souvenir d’un soir sur la place Patxa où des voisins ont ouvert la fenêtre pour écouter la conférence « Imaginons un habitat juste et écologique en Iparralde » depuis leur appartement : « La crise sanitaire, et le fait d’être sur la place publique, dans un endroit voyant, ont attiré de nouvelles personnes. »

le samedi après-midi était consacré à une formation sur les méthodes de désobéissance civile et d’actions non-violentes.

Le samedi après-midi était consacré à une formation sur les méthodes de désobéissance civile et d’actions non-violentes à laquelle ont assisté Léa et Noémie. Réparti en deux groupes de sept, des participants doivent jouer le rôle d’un côté de partisans de l’extension d’un golf biarrot, de l’autre, de militants s’opposant à ces travaux et menant une action lors d’une réunion publique. Maïder Arosteguy, nouvelle édile de Biarritz, est campée impeccablement par une jeune femme qui énumère les avantages du golf : « Attractivité de la ville, rayonnement international... » Alors qu’un habitant de la ville réclame : « Je veux dix-huit trous sur mon golf ! », des militants écologistes font irruption en scandant : « Des légumes, pas de green ! », le tout sous les yeux d’Anthony et Romain qui encadrent la formation. Une première pour ces deux militants. L’équipe s’est récemment renouvelée : des membres historiques tels que Txetx Etcheverry, cofondateur du mouvement, se sont retirés de l’équipe d’animation pour laisser place à une génération plus jeune. Le Camp climat est l’occasion, pour les participants comme pour les animateurs de monter en compétence. « L’idée c’est de former tout le monde », confirme Emmanuelle Tosini, qui anime elle-même deux ateliers durant le week-end.

Autre objectif de ce camp climat : préparer les échéances de la rentrée.

Alors que la prise de conscience des enjeux climatiques s’est intensifiée ces dernières années, la pandémie est analysée comme un signe supplémentaire de l’urgence de changer radicalement nos modes de vie. Selon Jon Palais, « cela a démontré la vulnérabilité du système, son inadaptation à réagir aux crises. Ce moment a été révélateur : « Tout ça va entièrement dans notre sens : rien dans notre diagnostic n’est démenti, et personne n’a pu dire que les solutions qu’on proposait étaient mauvaises. Et en même temps tout s’aggrave. »

Autre objectif de ce camp climat : préparer les échéances de la rentrée. Car si le rapport de force sur les questions écologistes évolue, il est hors de question, pour les militants, de relâcher la pression. Un appel à marcher sur les aéroports a été lancé pour le 3 octobre et le Black Friday de fin novembre est déjà dans leur ligne de mire. Jon Palais détaille : « L’aviation et la surproduction sont des thématiques qui ont été reparamétrées avec le coronavirus. Les images d’avions cloués au sol et les remises en question des modes de consommation durant le coronavirus ont mis ces thèmes au cœur des débats. Il faut rester actif car cela ouvre de nouvelles opportunités. »
Au niveau local, Bizi ! a prévu de continuer à lutter pour les alternatives à la voiture, comme ils le font depuis des mois car les mobilités restent un point noir de la politique basque. Leur dernière action en date, la coorganisation d’une vélo-inauguration des coronapistes le 5 juillet dernier a réuni plus de 400 cyclistes.

Dans la lumière descendante d’un samedi soir d’été, des participants prennent l’apéro sur la terrasse de la haute maison de pierre. Les conversations vont bon train, et si on s’éloigne un peu de l’engagement, le fût de bière aidant, il n’est jamais bien loin. Toutes et tous sont persuadés de l’urgence, à l’image de Léa qui ne se voit pas ne rien faire, d’autant que « ce n’est pas maintenant qu’il faut agir, c’était hier »,


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Source et photos : Chloé Rebillard pour Reporterre

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