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Monde

Au Chili, une indigène mapuche élue « pour changer l’histoire de ce pays »

Une femme mapuche, Elisa Loncón, a été élue à la présidence de l’assemblée chargée de doter le Chili d’une nouvelle Constitution. Celle-ci « ne bafouera plus les droits des femmes et protègera la Terre Mère », a affirmé la linguiste dans son discours.

Valparaíso (Chili), correspondance

« Je salue le peuple chilien des terres du Nord à la Patagonie, de la mer jusqu’à la Cordillère des Andes, et sur les îles ! » a déclaré Elisa Loncón le 4 juillet, en tenue traditionnelle mapuche. Lors de la séance inaugurale à Santiago du Chili, les premiers mots prononcés par la nouvelle présidente de l’Assemblée constituante l’ont été en langue mapudungun. Les 155 membres de cette assemblée, élus au suffrage universel direct, ont neuf à douze mois pour écrire la nouvelle Constitution du pays.

Docteure en linguistique de 58 ans, Elisa Loncón a grandi dans une petite communauté de l’Araucania, le territoire des indigènes Mapuche. Elle a tenu à prononcer son premier discours accompagnée de la Machi Francisca Linconao. La Machi est la plus haute autorité des peuples originaires du Sud. On lui confère le pouvoir d’invoquer les forces de la nature et son rôle est de soigner les corps et les âmes de la communauté. Députée constituante, elle tenait fièrement des branches de Canelo, l’arbre sacré des Mapuche.

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La nouvelle présidente, qui a recueilli la confiance de 96 des 155 membres de l’Assemblée élue le 16 mai, a poursuivi son discours en espagnol en remerciant les différentes coalitions au sein de l’Assemblée qui ont « voté pour une personne mapuche, une femme, pour changer l’histoire de ce pays ». Les indigènes, les socialistes, les communistes, les coalitions de gauche et les indépendants se sont félicités de ce choix, dans un pays où les peuples autochtones et les femmes subissent encore de fortes discriminations. Les constituants de droite, minoritaires, ont timidement applaudi, têtes baissées.

« Cette Constitution ne bafouera plus les droits des femmes et protègera la Terre Mère et les eaux »

« Cette Constitution que j’ai le devoir aujourd’hui de présider transformera le Chili en un pays plurinational, interculturel, qui ne bafouera plus les droits des femmes et qui protègera sa Terre Mère et ses eaux », a poursuivi Elisa Loncón sous les applaudissements d’une assemblée conquise. « Ceci est un rêve de nos ancêtres et ce rêve devient réalité. »

Quelques heures plus tôt, les sept constituants mapuches s’étaient réunis pour une cérémonie traditionnelle sur la colline Santa Teresa, un parc urbain du centre de Santiago. Les constituants indépendants — qui ne font pas partie de partis traditionnels, soit près de la moitié des élus — ont, quant à eux, convoqué une manifestation sur la place de la Dignité. Ce lieu est symbolique de la révolution d’octobre 2019 qui a bouleversé le pays pendant des semaines (rassemblant jusqu’à 1,2 million de Chiliens dans la rue à Santiago) et a abouti à la mise en place de ce processus d’écriture de la nouvelle « Carte Magna ». Dans le centre de la capitale chilienne, des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. La session d’inauguration de la Convention constitutionnelle s’est alors interrompue pendant trois heurs et n’a repris que lorsque le calme est revenu.

« Une Assemblée constituante maintenant ! » demande cette Chilienne lors d’une manifestation en 2019. © Marion Esnault/Reporterre

Elisa Loncón sera épaulée par un vice-président, Jaime Bassa, avocat de 44 ans spécialisé dans les questions constitutionnelles. Il a promis à la présidente mapuche tout son soutien et a rappelé « qu’ils avaient de grands défis à relever face à toutes les barrières de participation citoyenne d’une société chilienne fragmentée, en crise et qui privatise. La vie, les biens publics et les biens communs ont été privatisés. Aujourd’hui, nous commençons un nouveau chemin, républicain et populaire. »

Cette journée historique s’est terminée par une proposition d’amnistie qui vise les prisonniers politiques de la révolution sociale d’octobre 2019. Celle-ci avait été violemment réprimée dès octobre — au moins vingt-sept personnes avaient péri — par le gouvernement de Sebastian Piñera ; ce président milliardaire terminera son mandat pendant l’écriture de la nouvelle Constitution. L’élection présidentielle est prévue pour novembre 2021.

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