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Au Bourget, la technologie verte vole au secours des avions

20 juin 2019 / Justine Guitton-Boussion (Reporterre)



Le Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Bourget se tient du 17 au 23 juin. Plus de 142.000 visiteurs professionnels y discutent de l’avenir du secteur. Et de réduire les émissions de CO2 des avions ? On leur a demandé.

« Tu crois que ça coûte cher, un avion de chasse ? » Impressionnés, des élèves de quatrième découvrent le Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Bourget. Comme d’autres collégiens, ils sont venus arpenter les stands du salon avant l’ouverture au grand public, le 21 juin. Le but de cette sortie : découvrir les différents métiers de l’aéronautique.

Sourire aux lèvres et appareil photo à la main, ils admirent les différents aéronefs présents sur le tarmac et essaient de se frayer un passage à travers la foule, composée pour l’heure uniquement de visiteurs professionnels et d’exposants. À l’espace « Avions des métiers », on le leur assure : l’aéronautique, c’est un secteur d’avenir. Et les avions, notre futur.

Alors que certains Suédois ont lancé en 2018 un mouvement nommé « Flygskam » (la « honte de prendre l’avion »), et trois semaines après la proposition de loi visant à interdire les trajets aériens de courte durée, l’état d’esprit est bien différent au salon du Bourget. Ici, il n’est nullement question d’arrêter de se déplacer par les airs, même si le secteur de l’aéronautique est responsable de 2 % des émissions globales de CO2.

« Plusieurs filières sont technologiquement viables » 

« Le trafic aérien grimpe de plus en plus avec les nouvelles technologies et les nouveaux modèles, dit Justine Murzilli, étudiante en licence professionnelle au centre Polyaéro. Je pense qu’il y a de l’avenir dans ce domaine-là. Je peux en témoigner, car je travaille en apprentissage chez Airbus Helicopters, et ils recherchent de plus en plus d’apprentis. »

Et l’environnement dans tout ça ? « Le secteur aérien s’en préoccupe », soutient la jeune étudiante. La protection de la planète ne passerait pas par une réduction du trafic aérien, mais par l’utilisation de nouveaux procédés et technologies. Voyons voir ça. Quelques centaines de mètres plus loin, se dresse l’espace Paris Air Lab, dédié à la recherche et l’innovation. Les questions environnementales sont abordées sur plusieurs stands repérables de loin, avec leurs tapis et panneaux bien verts. Avec une couleur pareille, ici, c’est sûr, on va nous parler d’écologie.

La nature, une préoccupation au moins commerciale.

Martin Rit, gestionnaire de projets en lien avec les énergies nouvelles à Air France, vante les qualités des biocarburants. « Actuellement, il y a plusieurs filières qui sont technologiquement viables, dit-il. Certaines sont déjà utilisées, c’est le cas par exemple des huiles alimentaires usagées et de l’huile de colza, qui peuvent être recyclées et revalorisées pour être transformées en biocarburant. » Une autre filière est également mature, mais elle manque d’investissements : les résidus forestiers ou les résidus de sucre, transformés en bioéthanol puis en biocarburant. D’après Martin Rit, les biocarburants émettent 80 % d’émissions de CO2 en moins que le kérosène.

Admettons, mais qu’en est-il des terres agricoles accaparées pour la culture de ces biocarburants ? « L’huile de colza utilise des terres, admet Martin Rit. Mais, les résidus forestiers ou les résidus de sucre sont une quantité de déchets énorme, qu’il faut collecter. Effectivement, il faut organiser la collecte, mais il y a une biomasse très présente et déjà existante qui pourrait être utilisée pour fabriquer du biocarburant. »

À l’heure actuelle, seul un avion vole en France, plusieurs fois par jour, avec du biocarburant. Une étude sur ce procédé est en cours : les résultats seront rendus en septembre 2019. En attendant, des aéronefs alimentés au kérosène font des loopings bruyants au-dessus du Bourget, plusieurs fois par jour, pendant toute la durée du salon.

« Arrêter de voyager est vraiment la mauvaise direction » 

Mais, au Salon du Bourget, on le répète : le secteur de l’aviation travaille dur au développement durable. Le 18 juin, une conférence de presse a été organisée par plusieurs géants du secteur : Airbus, Boeing, Dassault, GE Aviation, Rolls-Royce, Safran et United Technologies Corporation.

Le salon du Bourget est aussi celui de l’espace.

Tout sourire, les représentants de ces firmes ont tour à tour affirmé leur volonté de poursuivre les travaux de recherche pour réussir à limiter l’empreinte carbone des avions. « Notre plus gros défi commun est de maîtriser l’impact de notre propre succès, dit Grazia Vittadini, la directrice technique d’Airbus. C’est une nécessité sociétale et un impératif commercial, pas juste un défi technologique. Nous devons converger ensemble. » « C’est un défi électrifiant et excitant », juge de son côté Paul Eremenko, directeur technique de United Technologies Corporation.

S’affichant humbles et optimistes, les dirigeants ne jurent que par les avions hybrides (à motorisation thermique et électriques, et annoncés pour la prochaine décennie). Hors de question d’arrêter de prendre l’avion, donc. « Il ne faut pas sous-estimer le rôle que l’aviation a dans la connexion de la planète en faisant du monde un endroit plus sûr, dit Paul Stein, directeur de la technologie de Rolls-Royce. L’aviation est la clé du futur de notre monde. Arrêter de voyager est vraiment la mauvaise direction. »

De l’autre côté de la salle de conférences, cachée dans le dédale immense des stands, la chercheuse de l’Onera (Office national d’études et de recherches aérospatiales) Christel Seguin va plus loin. « Il y a différentes pistes pour réduire les émissions de CO2 de l’aviation. Il y a les moteurs hybrides, tout le monde y travaille. Sur le plan opérationnel, il y a plein de choses à faire pour fluidifier et optimiser le trafic aérien. Enfin, je rêve dans le futur d’avoir un maillage du territoire européen optimisé, et que l’on puisse vraiment coordonner tous les modes de transport, notamment le train. »

Au salon du Bourget, on envisage l’interconnexion avec le train.

Au salon du Bourget, il n’y a donc pas une once de « Flygskam ». Juste les lueurs de l’immense espoir que la technologie viendra tous nous sauver.


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Lire aussi : Les fantasmes d’une aviation écologiquement responsable

Source : Justine Guitton-Boussion pour Reporterre

Photos : © Justine Guitton-Boussion/Reporterre
. chapô : au salon du Bourget, lundi 17 juin 2019.

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