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Nucléaire

Action de Greenpeace à la centrale du Tricastin : la clémence inédite du tribunal

Mardi 7 septembre, le tribunal correctionnel de Valence a condamné à de simples amendes les 34 activistes de Greenpeace qui avaient participé à une action à la centrale nucléaire du Tricastin en février 2020. L’avocat de l’ONG se réjouit d’un « désaveu complet de la politique de criminalisation de Greenpeace menée par EDF ».

Trois cents euros d’amende pour chacun des militants, y compris pour celles et ceux qui s’étaient contentés de manifester à l’extérieur de la centrale. Telle est la peine rendue par le tribunal correctionnel de Valence (Drôme) mardi 7 septembre, dans le procès des trente-quatre activistes de Greenpeace France qui avaient participé à l’action dénonçant la vétusté de la centrale nucléaire du Tricastin en février 2020.

Sur les préjudices économiques d’EDF, l’association est condamnée à 58 000 euros pour perte d’exploitation et 12 369 euros pour dégradations matérielles, sachant qu’EDF demandait plus de 200 000 euros. Pour l’atteinte à l’image et à la crédibilité d’EDF — qui exigeait 500 000 euros de condamnation — l’association a été condamnée à 50 000 euros.

Dans un communiqué et sur Twitter, Greenpeace France a déploré « l’absence de relaxe au nom de l’état de nécessité et de la liberté d’expression » et a dénoncé la condamnation des activistes qui ne s’étaient pas introduits dans la centrale ainsi que des peines « disproportionnées » prononcées contre elle sur les intérêts civils. « Ce jugement s’inscrit à contre-courant de la justice environnementale », dénonce l’ONG, qui dit réfléchir à faire appel.

Mais si ces peines peuvent sembler sévères au premier abord, elles n’ont rien d’une mauvaise nouvelle selon l’avocat de l’ONG Me Alexandre Faro. « C’est la peine la plus faible jamais prononcée pour une intrusion, c’est très positif », a-t-il déclaré au quotidien Libération. Il s’agirait même d’un « désaveu complet de la politique de criminalisation de Greenpeace menée par EDF ».

Lors de l’audience, à laquelle avait assisté Reporterre, le procureur de la République avait ainsi requis la relaxe pour les militants qui ne s’étaient pas introduits dans la centrale. Il avait estimé que les participants à cette action étaient « des activistes déterminés avec des interrogations sérieuses ».

Pour rappel, les procès pour des actions similaires sur les centrales nucléaires de Cattenom et de Cruas-Meysse en 2017 avaient débouché sur des peines de prison avec sursis, et même de prison ferme pour certains récidivistes.

Mis en route entre 1980 et 1981, les quatre réacteurs de 900 mégawatts (MW) de la centrale du Tricastin ont été conçus pour fonctionner quarante ans. L’échéance à peine passée, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié, en février dernier, une décision générique ouvrant la voie à la prolongation de sa durée de fonctionnement, ainsi que celles des 28 autres réacteurs français de la même génération. À nouveau, durant ce procès, l’ONG avait plaidé « l’état de nécessité » et avait cherché à démontrer le caractère urgent et proportionné de cette action.

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