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Accoucher sans médicalisation grâce aux Maisons de naissance

30 août 2019 / Martha Gilson (Silence)



Depuis quatre ans en France, neuf Maisons de naissance accueillent des couples pour des accouchements sans hospitalisation ni médicalisation. Une expérimentation qui satisfait celles et ceux qui y ont recours, ainsi que les sages-femmes qui y travaillent.

Une Maison de naissance est un lieu qui permet à des femmes d’accoucher sans hospitalisation ni médicalisation, pour les naissances physiologiques (celles qui ne nécessitent pas de traitement particulier). Elle offre un suivi global qui repose sur le principe d’une sage-femme pour chaque femme enceinte et garantit une prise en charge personnalisée et complète [1]. « En plus de la sage-femme référente, qui suit les couples, une sage-femme de soutien assiste aussi à l’accouchement », complète Sandrine, sage-femme de soutien à Doumaïa, à Castres (Tarn). « Le suivi global, ce n’est pas juste médical, c’est aussi un accompagnement dans la construction de la famille, de la parentalité. À la Maison de naissance, nous proposons un accompagnement à chaque étape, des séances de préparation à l’accouchement et à la parentalité, puis au suivi à domicile après la naissance », complète Laure Flamant, sage-femme à Un nid pour naître, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). « En fin de compte, on accompagne un couple pendant un an et demi environ ! » 

 « En entrant au Calm [Comme à la maison], on est dans une espèce de salon avec des milliards de faire-part affichés au mur. Des sachets des derniers thés bio à la mode sont dispersés autour d’une bouilloire utilisée par les parents qui traînent là », se souvient Mathieu, dont la fille est née à la Maison de naissance Calm, à Paris. Eh oui, une Maison de naissance ressemble à… une maison « Ce modèle est notre fierté, se réjouit Laure, ça nous tient à cœur. » Sur les neuf expérimentations autorisées, seules deux sont de vraies maisons d’habitation : celles de Nancy et de Bourgoin-Jallieu (Isère). « On retrouve une entrée, un salon, une cuisine, deux chambres et deux salles de bain. C’est une association de parents qui a veillé à l’aménagement. » Les maisons sont équipées de matériel médical mais celui-ci n’est généralement pas visible. Pour Laure, « ce sont des petits détails qui ont leur importance. Les deux chambres sont équipées de lits doubles, par exemple ».

« À chaque naissance, j’apprends un truc, à chaque fois, je suis une nouvelle sage-femme » 

Les Maisons de naissance permettent aux femmes de maîtriser des pratiques qui entourent la prise en charge de leur grossesse et de leur accouchement, et défendent le droit des couples à décider dans quelles conditions naît leur enfant, sans recourir à l’hypermédicalisation. « Finalement, ce n’est pas très différent d’un accouchement à la maison, sauf qu’il faut se déplacer, souligne Sandrine. Les auscultations se font par intermittence, on ne pratique pas de perfusion ni de monitoring. On est là juste pour prendre soin, pas forcément pour donner des soins. » « Notre but, complète Laure, est de répondre aux besoins des couples. On leur demande de faire un projet de naissance afin de les accompagner au mieux. La liberté de choisir la Maison de naissance, la liberté du positionnement lors de l’accouchement, etc. C’est ça qui est fondamental. »

La Maison de naissance Un nid pour naître, à Nancy.

Les Maisons de naissance sont des structures placées sous la responsabilité exclusive des sages-femmes. Leur formation [2] les prépare à prendre en charge de façon autonome le suivi des grossesses et des accouchements considérés comme à « bas risque » [3]. Mais cette formation est de moins en moins reconnue, au profit de la formation de gynécologue-obstétricien·ne et d’une approche plus médicalisée de l’accouchement. D’ailleurs, le nombre de sages-femmes indépendantes a diminué jusque dans les années 1990. C’est grâce à une mobilisation des sages-femmes, mais aussi de parents, autour du droit à un accouchement physiologique sans aide médicale, que l’expérimentation des Maisons de naissance a pu voir le jour. Dans ces maisons, les sages-femmes retrouvent le temps et l’espace d’échanger entre elles, de se réapproprier leur métier et leurs savoirs. « À chaque naissance, j’apprends un truc, à chaque fois, je suis une nouvelle sage-femme », confie Sandrine.

En cas de complications, les Maisons de naissance sont adossées à des services hospitaliers où la femme qui accouche peut être transférée. C’est ce qui est arrivé à Jeanne, qui ne regrette pourtant pas l’expérience et s’engage aujourd’hui dans l’association Un nid pour naître, à Nancy « J’ai dû être transférée car mon col ne s’ouvrait pas. Mais, j’ai préféré cent fois mes 24 h de contractions sans péridurale à mes 10 h à la maternité, impersonnelle et froide. Ce sont des expériences incomparables. » Épisode qui rappelle la nécessité d’avoir une maternité ou un hôpital à moins de 45 minutes du lieu d’accouchement, en cas de complication.

« On souhaite un décret pour sortir de l’expérimentation, pour être reconnus dans la loi et pérenniser ce type de structure » 

Ici, pas de médecin mais une volonté de travailler de façon horizontale entre sage-femme et futur·es parents, sous forme associative. Les Maisons de naissance tendent vers des pratiques autogestionnaires. À Castres, des usagèr·es sont présent·es dans le CA dès l’ouverture du lieu. « On a envie et besoin de travailler avec les usagers, explique Sandrine. Ils nous permettent d’ouvrir nos perspectives de travail, d’évaluer le dispositif, qui est fait pour eux. » Les futurs parents sont acteurs et actrices de l’accompagnement global, au même titre que les sages-femmes. Cette démarche se retrouve à Nancy, où l’association est aujourd’hui avant tout une association de parents, avec plus de cent adhérents, et où des rencontres mensuelles sont organisées.

Une chambre d’accouchement de la Maison de naissance Un nid pour naître, à Nancy.

Si les Maisons de naissance sont expérimentées, elles ne sont pas encore légalisées. Une évaluation est actuellement en cours afin de statuer sur leur pérennité. « On souhaite un décret pour sortir de l’expérimentation, pour être reconnus dans la loi et pérenniser ce type de structure », dit Sandrine. Le principal frein est le débat actuel autour des compétences des sages-femmes et la notion de sécurité. « On lutte aujourd’hui pour ne pas être stigmatisé·es. La position de certaines sages-femmes est critiquée par une partie des gynécos. Nous essayons de faire accepter la position de la sage-femme. Au niveau des politiques, tout le monde prône l’intégration plus grande des usagers mais, sur le terrain, c’est une autre histoire », déplore encore Sandrine. « Beaucoup de décideurs pensent que la sécurité passe par le nombre de naissances, ajoute Laure, mais ce n’est pas le seul facteur à prendre en compte. Durant le travail, la présence en continu auprès du couple d’une sage-femme qui le connaît parfaitement est importante, comme celle d’une sage-femme de soutien. »

À l’heure du débat autour de la fermeture des maternités de proximité et d’une médicalisation accrue de la grossesse et de l’accouchement, les Maisons de naissance semblent être des poches d’air salutaires, des projets à multiplier.


L’ACCOUCHEMENT À LA MAISON

Si l’accouchement à domicile (AAD) est, de loin, le mode d’accouchement le plus fréquemment pratiqué dans le monde, il est de moins en moins facile à assumer en France. L’origine du problème ? L’injonction faite en 2013 aux sages-femmes qui pratiquent l’AAD de fournir une assurance en responsabilité civile et professionnelle couvrant cette spécialité, aux risques de sanctions très lourdes (amende de 45.000 euros et radiation). Or, le prix de cette assurance est exorbitant : autour de 25.000 euros. Devant cette somme dissuasive, rares sont les sages-femmes qui acceptent de pratiquer l’AAD. « On estime actuellement qu’environ 80 sages-femmes acceptent de suivre des grossesses pour un accouchement à domicile, mais ce nombre est fluctuant, dit Émilie Ract, du Collectif de défense de l’accouchement à domicile. Il n’existe pas de comptabilité claire du nombre de naissances voulues ou programmées à la maison, mais on l’estime à 1 ou 2 %. » Le collectif milite pour « promouvoir le libre choix des modes et des lieux de naissance. C’est possible d’accoucher chez soi, et c’est légal, mais peu de personnes en sont informées ». Informer, modifier la loi pour que l’assurance des sages-femmes soit abordable financièrement : deux conditions sine qua non pour un véritable choix des futurs parents. « Toutes les femmes devraient pouvoir accoucher chez elles si elles le souhaitent. Aujourd’hui, selon le lieu où on vit, ce n’est pas toujours possible, et c’est vraiment dommage. »

À Nancy, chaque naissance est annoncée sur des panneaux lumineux.

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[1L’idée des Maisons de naissance a fait son chemin en France dans les années 2000. Mais les réticences du corps médical étaient fortes. Il a fallu attendre le 6 décembre 2013 pour qu’une loi autorise leur expérimentation, et deux années de plus pour que le décret sur les conditions soit publié, le 30 juillet 2015. Un appel à candidatures permit alors de retenir neuf expérimentations pour cinq ans.

[2La formation des sages-femmes comprend 190 heures dédiées à la gynécologie, à la contraception et aux violences faites aux femmes, ainsi que 90 à 420 h de stage pratique (soit la formation la plus poussée d’Europe).

[3Dans les pays où les Maisons de naissance fonctionnent, elles sont totalement autonomes et ne sont pas obligées d’être adossées à des structures hospitalières.


Lire aussi : Pas à pas vers une naissance au naturel

Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

Photos : © Anne Mangeon/Un nid pour naître sauf
. chapô : l’une des deux chambres de naissance de la Maison de naissance La Doumaïa, à Castres (Tarn). © La Doumaïa

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