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Tribune — Culture et idées

À bas l’écologie cybernétique ! Devenez paysans

Selon l’auteur de cette tribune, la froideur algorithmique des machines plie notre imaginaire et dissout notre lien au vivant. Mais il entend aussi les hurlements des citadins qui rêvent du souffle des bovins, qu’il invite à rejoindre le « peuple dépeuplé » des paysans.

L’auteur de cette tribune souhaite rester anonyme.



Nous assistons, muets, à la fabrication d’une écologie hors sol, devenue un nouveau champ d’investissement communicationnel et financier. Mais nous éprouvons un certain malaise, une certaine douleur même, à voir les protagonistes de la détérioration du monde, dont l’épicentre est la Silicon Valley, se présenter comme les promoteurs de sa reconfiguration écologique.

Pour contrer cette écologie cybernétique, nous devons répondre à l’appel de l’Atelier paysan et reprendre la terre aux machines. Nous devons répondre à l’appel de la Confédération paysanne et redevenir un million de paysans en France. Autrement dit, nous devons réinventer une société artisanale et conviviale.

Vous, gens des villes, qui rêvez encore de prairies et d’orchidées

Il y a un manque, un manque au fond de nous hurlant dans les nuits blanches. Il nous appelle depuis des forêts intérieures, depuis des lieux sauvages et inexploités. Mais le bruit froid et algorithmique des machines progresse dangereusement. Il s’approche des forêts invisibles qui nous peuplent.

Nous sommes paysans, et nous sentons un bruissement dans l’air, nous entendons des hurlements dans la nuit. Ces hurlements ne viennent pas des sous-bois, mais des villes. Gens des villes, votre imaginaire plie sous le poids des contraintes cybernétiques, mais vous rêvez encore des prairies, des orchidées, et du souffle chaud des bovins. Vous rêvez encore. Gens des villes, venez transpirer vos rêves dans les champs, dans les étables ! Vous pouvez venir vous réchauffer une journée, un mois, un an. Vous pouvez aussi devenir paysans, et entretenir le feu avec nous. Nous sommes un peuple dépeuplé, qui refuse d’être remplacé par les machines.

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Bientôt, les campagnes seront connectées aux grands axes. Bientôt, les laboratoires produiront une alimentation cellulaire. Bientôt, les nouvelles communautés dominantes imposeront une écologie de contrôle, propre, aseptisée et inodore. Elles rouleront en Tesla, elles mangeront de la « clean meat ». Elles délimiteront des zones de surexploitation des milieux, et des zones de sanctuarisation du sauvage. Elles instaureront une comptabilité verte, elles calculeront des quotas individuels d’émission de GES.

Ces nouvelles communautés dominantes, qui auront fait un dogme de la traçabilité des produits et du traçage des individus, refuseront pour elles-mêmes ce dogme. Et face à nos misères, face à nos révoltes, face à nos incertitudes, nous ne trouverons que des algorithmes.

Ne laissons pas se dissoudre le lien intime et viscéral au vivant

Dans ce nouveau régime écologique, le contrôle de l’imaginaire sera systémique. Un contrôle consenti et généralisé, sans police ni répression, fabriquera des individus sans poids ni gravité, qui n’auront plus qu’une sensation diffuse et lointaine de ce lien intime et viscéral au vivant. Pourtant, ces individus imagineront tous être libres, pétrifiés à l’intérieur de leurs micro-espaces de communications et d’informations.

Mais peut-être que dans ce monde replié et ultra-connecté, nous nous souviendrons d’un feu qui brûle dans les nuits blanches. Peut-être que nos paumes garderont la trace d’un outil manuel. Peut-être que des hurlements nous appelleront du dehors ; s’ils parviennent jusqu’à nous, s’il reste un peu de terre. Une prairie balayée par les vents, un jardin bourdonnant de vie, un regard qui embrasse la Voie lactée, ou l’écorce d’un arbre.

Alors tout pourra renaître.

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