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À Lyon, des enfants ont fait l’école buissonnière pour le climat

18 mars 2019 / Marion Esnault (Reporterre)



Vendredi 15 mars, des enfants et adolescents du monde entier faisaient la grève pour demander aux adultes et dirigeants d’être à la hauteur du défi climatique. À Lyon, à l’initiative de quelques parents, des écoliers ont fait l’école buissonnière.

« Tout est parti de l’appel de Greta », explique Bruno, un des parents du noyau de l’organisation. Sa femme, Périne, ajoute : « En ce jour de grève internationale des jeunes pour le climat, c’était important pour nous que nos enfants n’aillent pas à l’école. »

L’aventure de ces parents d’élèves de l’école du Commandant-Arnaud dans le quartier de la Croix-Rousse de Lyon a débuté par une simple discussion entre deux mamans à la sortie des classes : Julie et Delphine. L’effet boule de neige a vite opéré : « Au début, c’était soft, on voulait faire une balade au parc pour se rapprocher de la nature. Mais louper l’école pour aller au parc, ça n’avait pas trop de sens ! » explique Julie. « On ne voulait pas que nos enfants trouvent ça cool, le dérèglement climatique, parce qu’on ne va pas à l’école », ajoute Périne. Pour Delphine, il ne s’agissait pas seulement d’être solidaire avec la grève des adolescents, il s’agissait aussi de sensibiliser leurs enfants à l’enjeu climatique avec pédagogie : « On leur a expliqué la situation, sans non plus leur dire que la civilisation d’aujourd’hui ne pourra pas être celle de demain. L’idée n’est pas de leur faire peur ! On a donc décidé de mettre en place des actions concrètes et collectives. »

De fil en aiguille, en une semaine à peine, les parents d’élèves sont passés de l’idée d’une balade dans un parc à une action de désobéissance civile. Leur idée : installer sans autorisation une jardinière à la manière des Incroyables comestibles, sur la place publique devant l’école. « Quand quelqu’un est malade, on n’attend pas pour le soigner. C’est la même chose pour la planète », s’exclame un parent en préparant la jardinière. La gravité et l’urgence de la situation, certains avouent les avoir réalisées ces derniers mois, notamment en lisant Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. La prise de conscience d’un effondrement global et probable de notre civilisation moderne dans quelques années a accéléré leur passage à l’action.

 « Pour nous, cette action, c’est avant tout une transmission de parents à enfants »

« On a vraiment souhaité être cohérents dans cette action : ne pas utiliser nos voitures, ne pas acheter mais plutôt déplacer de la terre pour la jardinière, ne pas aller chercher les planches en bois chez Confo, etc. C’était essentiel pour nous », raconte Delphine. En quelques jours, les parents d’élèves ont créé des amitiés et rencontré beaucoup de solidarités : une menuiserie de réinsertion sociale située à quelques rues de l’école, le Grenier de Lahso, a fourni les planches en bois, le directeur des temps périscolaires de l’école a décidé de mettre en place un cycle d’activités autour de l’environnement tous les vendredis, et les grands-parents ont donné quelques plantes de leur jardin.

Au total, c’est une quinzaine de parents qui se sont mobilisés en posant un jour de congé ou en arrangeant leur emploi du temps. « Beaucoup d’autres parents étaient motivés mais ne pouvaient pas se libérer. On a accepté que deux ou trois parents nous confient leurs enfants mais on ne voulait pas généraliser. Pour nous, cette action, c’est avant tout une transmission de parents à enfants. Beaucoup ont assuré qu’ils seraient présents en fin de journée pour participer à la plantation », dit Julie, avant de lancer le programme de l’après-midi : jeu des sens en ville puis au parc pour les plus petits, action de ramassage de déchets pour les plus grands, puis plantation collective, en désobéissance civile, de la jardinière.

Reporterre a suivi ces petits grévistes d’un après-midi, qui semblent déjà prêts à prendre la relève de leurs aînés adolescents. Reportage en images.

Pour commencer, Julie organise une petite ronde et invite chaque enfant à se présenter. « Ils sont tous du quartier, viennent tous de classes différentes et ne se connaissent pas forcément. Une des premières choses à faire pour une meilleure société, c’est d’apprendre à se connaître », confie une des initiatrices de cet après-midi d’école buissonnière.



Maxime et Alioshka sont bien équipés et prêts pour l’opération « Ramassage des déchets » organisée pour les plus grands : « On va nettoyer pour pas que ça pollue et que les arbres soient pas malades », explique Maxime, plein d’entrain.



Pour les plus petits, l’après-midi démarre par un jeu des sens : d’abord en plein cœur de ville puis dans le parc de la Tête d’or. Une des mamans guide le jeu : « On ferme les yeux : qu’est-ce qu’on entend ? » Après quelques secondes de silence, les enfants sont unanimes : « Beaucoup de voitures et un petit oiseau au fond. »



Une fois au parc, le jeu continue dans un autre environnement. Alors que dans la ville, les enfants ne disaient rien sentir, ici, « ça sent le bois ! »



À la question : qu’est-ce qu’on voit ? Alma et Johanne désignent directement les oies. « À cet âge, ils sont toujours très volontaires. C’est un bonheur de transmettre quand ils sont aussi réceptifs », confie une maman.



« J’ai trouvé une vieille chaussette », s’exclame toute souriante Céleste. Avec sa copine Judith, elle trouve que c’est « rigolo de mettre des gants et de ramasser les déchets ».



Pour Bruno, c’est moins rigolo. Au bout d’une heure et demie de ramassage, il est assez écœuré : « Ça me donne un peu envie de vomir, tous ces déchets. »



« On aurait pu ramasser uniquement des mégots de cigarettes », s’étonne Delphine. Et une des grands-mères d’ajouter : « On voit bien que les services de la ville nettoient les rues et les trottoirs mais les espaces de verdure, beaucoup moins ! »



À 16 h 15, alors que tous les groupes ont fini leurs activités sensorielles et se sont regroupés sur la place de l’école, c’est le grand moment : l’arrivée des plantes pour la jardinière désobéissante !



« Il y a assez de plantes pour que chaque enfant puisse en mettre une dans la jardinière. Choisissez chacun une plante qui vous plait ! », s’enthousiasme Julie.



Après avoir terminé le jeu des sens en faisant un gros câlin à un arbre, Johanne et son papa, Stephan, installent ensemble leur plante dans l’espace commun. « On espère qu’il y aura des jardinières sur toute la place dans quelques semaines », disait Julie quelques heures plus tôt.



« On a envie de poursuivre ces actions de sensibilisation et de mobilisation. Mais notre objectif, c’est que d’autres parents s’impliquent et prennent le relais pour que ça ne repose pas que sur quelques-uns. Sinon, ça s’épuisera », dit Delphine. « On espère vraiment que ça fera tache d’huile », ajoute Julie. À bons entendeurs.


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Source : Marion Esnault pour Reporterre

Photos : © Marion Esnault/Reporterre

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