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À Londres, un lancement coloré et festif de la rébellion contre l’extinction

8 octobre 2019 / Julia Gaulon (Reporterre)



Le mouvement de lutte contre l’effondrement climatique Extinction Rebellion lançait lundi 7 octobre sa première journée de « rébellion internationale ». À Londres, les partisans étaient particulièrement mobilisés.

Chants, cortèges costumés, batucada… Pour sa journée de lancement, l’action internationale de lutte contre la crise climatique organisée par les militants écologistes d’Extinction Rebellion a souvent eu des allures de carnaval, lundi 7 octobre, à Londres. Immenses drapeaux colorés, déguisements, les militants ne passaient pas inaperçus, tentant tant bien que mal de délivrer leur douloureux message dans la bonne humeur. De nombreux sites ont néanmoins été bloqués, au fil des heures, dans la capitale britannique.

Des drapeaux de flammes spectaculaires à Trafalgar Square.

Né à l’automne dernier, en Angleterre, Extinction Rebellion (« XR » en abrégé) est un mouvement désormais international qui vise à alerter les populations de la dégradation, de plus en plus pressante, de notre planète. Caractérisé par des actions radicales, spectaculaires visuellement, mais non violentes, l’organisation plaide pour une réduction drastique des émissions de CO2 et parle de la « sixième extinction de masse » des espèces due à l’action humaine. Le mouvement avait déjà beaucoup fait parler de lui, à Londres, en avril dernier, les militants n’ayant pas hésité à bloquer des points emblématiques de la ville, pendant une semaine, afin de faire entendre leur voix. Un millier de personnes avaient été arrêtées à cette occasion.

Les tambours battaient la cadence aux abords de Westminster.

Pour cette action-ci, prévue pour durer une quinzaine de jours, les lieux bloqués par les militants se situent autour du palais de Westminster, siège du Parlement britannique. Le but étant de cibler, en priorité, les politiciens. « Extinction Rebellion ! Extinction Rebellion ! » : les voix des militants d’XR South East England, l’un des nombreux groupes affiliés au mouvement au Royaume-Uni, se sont donc fait entendre, lundi vers 9 h 30, sur Parliament street, entre deux roulements de tambours. Les militants avaient formé une fanfare musicale, bloquant momentanément la circulation.

Des rebelles pour la vie à côté du Parlement britannique.

À quelque pas, Alice et Rose, qui donnent un coup de main à l’organisation au niveau national, expliquent la raison de leur présence. « On a besoin d’un changement de système massif. Le gouvernement n’en fait pas assez et nous sommes là pour demander à ce qu’il légifère contre le changement climatique et pour qu’il y ait une grande coopération afin que l’on arrête d’abîmer la planète », indique Rose. « Personne ne prend la réelle mesure du changement climatique ou de ce qu’il va rapidement arriver en termes d’impact pour notre société, renchérit Alice. Nos objectifs climatiques sont bien trop éloignés dans le futur. » De manière générale, le mouvement XR au Royaume-Uni souhaite que le gouvernement « dise la vérité » aux citoyens au sujet de l’urgence climatique et réduise à zéro les émissions de dioxyde de carbone d’ici 2025.

Face à face avec la police, le matin, sur le pont de Lambeth.

Non loin de Westminster, sur le pont Lambeth, également fermé à la circulation par les activistes, les militants entonnent des chants. Certains offrent des fleurs aux policiers. Tandis que des enfants se livrent à un atelier maquillage, se faisant peindre un sablier, symbole d’Extinction Rebellion, sur la figure. « Je ne pense pas qu’une action d’XR soit dangereuse pour un enfant, indique Marc, papa venu avec sa petite fille Ellie, âgée de 3 ans. C’est un mouvement entièrement non violent et je pense que nous avons aussi beaucoup de chance d’être dans un pays où les forces de l’ordre n’agissent pas envers nous avec violence. Ellie va probablement se souvenir de ça. Et quant à ce qu’il va se passer dans 30 ans, quant aux difficultés auxquelles nous allons être confrontés — et elles seront probablement graves — je veux qu’elle sache qu’on a fait ce qu’on a pu et qu’elle était là. »

D’autres sites sont bien sûr bloqués dans les environs. Comme le pont de Westminster sur lequel sont organisés discours et sit-in et sur lequel va même s’est même déroulé un mariage — entre militantes — en cours de journée.

La colonne Nelson prise d’assaut.

La célèbre Trafalgar Square est, elle, littéralement prise d’assaut. Des membres d’Extinction Rebellion se hissent sur les lions qui ornent le bas de la colonne Nelson. D’immenses drapeaux orangés flottent au vent. « Ces drapeaux représentent le feu, indique Paloma, qui agite avec difficulté l’un de ces énormes étendards. Principalement celui qui attaque l’Amazonie. Mais l’idée est aussi de symboliser que nous sommes en péril, d’autant que les gouvernements ne veulent rien faire par rapport au changement climatique. »

Aussi esthétiques qu’inquiétants, un cortège de militants entièrement vêtus de rouge et aux visages recouverts de peinture blanche se fraie par ailleurs un passage entre les différentes manifestations qui se tiennent sur la place. Prenant la pose, dépeignant des portraits inquiétants. « Il s’agit de la Brigade rouge des rebelles (Red Rebels Brigade), dit Paul, qui accompagne les militants. Ces gens portent du rouge, qui représente le sang de nombreuses espèces. Des milliers de plantes et d’animaux sont décimés chaque année à cause de notre négligence, de notre pollution et de l’exploitation que nous faisons de nos ressources. »

Des seniors eux aussi bien présents.

Car derrière l’aspect faussement festif, la gravité reste bien présente. Et cela, Georgina, comme tant d’autres, en est consciente. Venue de Folkestone, au sud-est de Londres, la jeune femme est prête à se faire arrêter pour porter ses idées. Assise sur la route entre Westminster et Trafalgar Square, elle attend, refusant de bouger. « Je pense que les moyens de manifester plus traditionnels n’ont pas été aussi efficaces qu’ils auraient dû, affirme-t-elle. Ce n’est qu’en perturbant le système et en se faisant arrêter qu’on y parviendra peut-être. Et ce qui est aussi important également, c’est qu’en se faisant arrêter, on va au tribunal et l’on peut ainsi entrer dans l’appareil judiciaire et y transmettre notre message d’urgence climatique. »

Elle n’est visiblement pas la seule à voir dans l’arrestation un moyen d’action. Au total, près de 300 personnes se seront faits arrêter au cours de cette première journée de mobilisation dans la capitale britannique. Le tout dans une ambiance plutôt apaisée, Extinction Rebellion ayant préparé ses membres sur la conduite à avoir vis-à-vis de la police, fidèle à sa logique d’action non violente.

D’autres actions devaient être menées en soirée par l’organisation environnementale ou organisations voisines. Notamment l’occupation par Animal Rebellion du Smithfield Market, un gros marché de Londres spécialisé dans la viande, pour y vanter les mérites d’une production agricole davantage tournée vers le végétal. La « rébellion internationale » devrait encore durer plusieurs jours.


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Source : Julia Gaulon pour Reporterre

Photos : © Julia Gaulon /Reporterre
. chapô : les costumes rouges représentent le sang commun à toutes les espèces.

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