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Reportage — Luttes

À Dijon, les jardins de l’Engrenage luttent contre le béton

Les jardins de l’Engrenage, un terrain de Dijon occupé par des habitants et militants depuis juin 2020, ont été évacués le 21 avril et six personnes ont été interpellées. Un immeuble devrait y être construit à la place, un projet contre lequel les militants ont appelé au rassemblement le 24 avril.

Dijon (Côte-d’Or), reportage

L’avenue de Langres, dans le nord de Dijon, a été le théâtre d’un étrange manège ce mercredi 21 avril. Régulièrement, un camion-benne traversait l’avenue chargé de terre, pour ensuite disparaître dans la circulation et revenir vide. Parfois, un arbre dépassait de sa benne, les racines fraîchement arrachées. C’est dans ce va-et-vient routier, escorté de près par la police, que la Zad des jardins de l’Engrenage, un terrain de 3 hectares occupé et cultivé depuis le 17 juin 2020 par des habitants et des militants écologistes, a été expulsée, pelletée après pelletée.

Elle devrait laisser place à un complexe immobilier de près de 300 logements, accompagné de petits jardins censés incarner « une démarche environnementale volontariste », selon le promoteur du projet nommé Garden State (« l’État jardin »). « Pourquoi détruire ce qui existe déjà si on prétend faire la même chose ? » demandait Élisa [*], une « habitante-jardinière », les yeux encore rougis par les derniers gaz lacrymogènes.

L’expulsion des jardins de l’Engrenage avait commencé la veille, mardi 20 avril, avec l’arrivée de dizaines de gendarmes mobiles et de quelques engins de chantier dans ce terrain en friche situé le long du tramway. Les soutiens à l’occupation ont alors afflué, et certaines personnes qui tentaient de bloquer les camions ont été violemment repoussées par les forces de l’ordre. Six personnes ont été interpellées durant la matinée. Légalement non expulsable, la maison abandonnée investie par les militants depuis le début de la lutte a été entourée de barrières et ses habitants noyés sous les gaz lacrymogènes pendant plusieurs heures. Dans l’après-midi, des blocs de béton ont été empilés un par un autour de la maison, formant progressivement un mur l’isolant du reste du terrain.

Depuis, les travaux ont repris. « Ils veulent vraiment que plus rien ne pousse. On est parqués au milieu d’un désert », dit Élisa, près de la maison. Résultat : il n’y a plus de tilleul, plus de prunier, plus de serre accueillant les semis et plants prêts à être plantés. Au sol, se trouvent désormais les cendres de bottes de paille enflammées, incendie ayant donné du fil à retordre aux pompiers. Un coup dur pour les militants des jardins de l’Engrenage, engagés depuis près d’un an, qui ont d’ores et déjà appelé au rassemblement samedi 24 avril à 14 heures, sur la place du Théâtre.

Le 17 juin 2020, la Zad était née à l’occasion des premières journées « contre la réintoxication du monde ». La maison abandonnée y avait rapidement été investie et habitée. « Le 24 juillet, la police municipale et les tractopelles tentaient déjà de détruire les terres à peine remises en culture », se souvient Claire [*], voisine et membre active de l’association des Ami-es des jardins de l’engrenage. « Ils ont détruit 400 m² de terrain ce jour-là, mais certains militants ont osé monter sur les machines, qui sont finalement reparties », dit Boris [*], membre des jardins.

La ville de Dijon, propriétaire, avait alors saisi la justice, qui a déclaré le terrain expulsable dès le mois de novembre 2020, avant d’accorder un délai jusqu’à septembre 2021, mais uniquement pour la maison. « Entre-temps, on a produit une lettre ouverte de huit pages adressée au maire et au promoteur et démarré la construction d’un projet alternatif », raconte Boris. Dans la foulée, la municipalité organisait bien des réunions pour défendre son projet face à quelques riverains, en catimini, sans contacter les militants des jardins de l’Engrenage.

« Le maire raconte qu’il faut bien loger les gens, dit Claire, devant des braises encore chaudes en ce mercredi après-midi. Il oublie de dire que la métropole continue de défendre l’artificialisation des sols pour multiplier les zones logistiques, attirer les entreprises et être attractive. Ce qui amène les emplois en centre-ville, et donc toujours plus de besoin de logements. Résultat, il y a moins de terres cultivables en périphérie et aucune place pour les jardins en ville. »

Sylvain*, venu soutenir les jardins depuis le quartier occupé des Lentillères, prévient : « En envoyant des bulldozers là où les gens prennent en main eux-mêmes leur vie et leur ville, la mairie tente d’incarner l’autorité quitte à piétiner ses propres promesses d’écologie. Ça ne fait que renforcer notre détermination à défendre nos lieux d’autonomie. »


  • Actualisation - Vendredi 23 avril au matin, des activistes s’opposaient toujours aux forces de police occupant le site des Jardins de l’Engrenage, selon les journalistes de La Meute Photographie

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